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Au pays d’Aix, les VTC veulent sortir de l’angle mort

Une association de chauffeurs VTC se crée à Aix, entre gare TGV, aéroport, zones d’activité et trajets mal couverts.

Illustration - VTC près d’une gare

Un train arrive tard à Aix TGV. Dans le hall, il y a les voyageurs qui filent vers la navette, ceux qui cherchent un taxi, ceux qui ouvrent une application parce que leur hôtel est trop loin, leur rendez-vous trop tôt, ou leur village trop mal desservi à cette heure-là.

C’est dans ce décor de gare que prend sens la création de l’Association des VTC du Pays d’Aix, déclarée à Aix-en-Provence le 28 avril 2026. Les VTC, pour voitures de transport avec chauffeur, ne sont pas seulement une affaire de centre-ville ou de sortie de restaurant. Dans le pays d’Aix, ils travaillent aussi entre les morceaux du territoire: la gare TGV, l’aéroport Marseille Provence, La Duranne, les zones d’activité, les communes périurbaines, les retours tardifs.

La nouvelle association dit vouloir défendre les intérêts professionnels des chauffeurs, les représenter et les aider dans leurs démarches. Dans les faits, cela revient à chercher une parole commune. Ce qu’elle suggère ici est concret: une partie des chauffeurs veut devenir identifiable, se parler entre professionnels et peser un peu plus dans un métier souvent dispersé entre plateformes, clientèle directe, coûts du véhicule, assurance, carburant et règles d’accès.

Le pays d’Aix s’y prête particulièrement. Beaucoup de trajets s’y font en deux ou trois morceaux. La navette A2 relie Aix, Aix TGV et l’aéroport tous les jours, avec une fréquence annoncée de trente minutes. C’est une colonne vertébrale utile. Mais elle ne règle pas tout: un déplacement professionnel vers une zone d’activité, un retour de soirée, une arrivée chargée de bagages ou une commune à l’écart peuvent vite faire apparaître le besoin d’un service plus souple.

L’aéroport Marseille Provence, avec plus de 11 millions de voyageurs par an, ajoute une autre pression. Les taxis y sont déjà bien installés, avec une présence annoncée 24 h/24. À Aix aussi, ils occupent une place reconnue sur les grands trajets vers la gare TGV, l’aéroport et les longues distances. Les VTC arrivent donc dans un paysage où les usages, les stations, les droits de prise en charge et les habitudes professionnelles existent déjà.

La question n’est pas seulement celle de la concurrence. Elle tient aux lieux et aux horaires. Qui peut prendre en charge un client à tel endroit? Dans quelles conditions? Comment éviter la confusion pour les voyageurs? Comment faire respecter les règles sans empêcher les habitants, salariés, touristes ou étudiants de trouver une solution quand le transport public ne suffit pas?

À l’échelle nationale, les VTC sont devenus un secteur installé: les données publiques comptaient environ 71 300 chauffeurs actifs sur les plateformes en 2024, pour plus de 100 millions de courses. Mais derrière ces chiffres, le métier reste très local dans sa pratique. Un chauffeur ne travaille pas dans une moyenne nationale. Il travaille autour d’une gare, d’un aéroport, d’un campus, d’un hôtel, d’un hôpital, d’une zone d’activité ou d’un quartier où les demandes reviennent.

C’est ce qui rend la création de l’association intéressante, même sans en faire plus qu’elle ne dit. Elle ne prouve pas encore une représentativité large. Elle ouvre plutôt une adresse possible pour des chauffeurs qui, jusque-là, apparaissent surtout comme des véhicules disponibles sur une carte.

Pour les usagers, l’enjeu est simple: pouvoir rejoindre un train, rentrer d’un dîner, aller travailler ou atteindre l’aéroport sans dépendre d’une seule solution. Pour les chauffeurs, il est tout aussi concret: ne pas rester seulement des profils sur une application, mais devenir des interlocuteurs locaux quand se discutent les règles de prise en charge, les accès aux gares et la place de leur métier dans les mobilités du pays d’Aix.