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Dans les hôpitaux de Provence, le circuit discret des déchets chimiques

Un marché attribué par les Hôpitaux de Provence rappelle le circuit discret des déchets chimiques produits par l’activité hospitalière.

Bidons étiquetés en local technique

Dans un hôpital, il n’y a pas seulement des draps, des seringues et des poches de perfusion. Il y a aussi des bidons, des flacons, des solvants, des contenants souillés, des produits de laboratoire, parfois des déchets venus d’ateliers ou de garages. Rien de très spectaculaire à voir, mais rien qui puisse partir dans une benne ordinaire.

Les Hôpitaux de Provence viennent d’attribuer un marché pour cette part discrète du fonctionnement hospitalier: la mise à disposition de moyens de collecte, la collecte, l’enlèvement, le transport et le traitement des déchets à risques chimiques et toxiques. L’avis a été transmis à la publication le 30 avril. Il concerne les établissements de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille et les membres du groupement hospitalier de territoire Hôpitaux de Provence.

Le marché a été attribué à Transports et Entretien Phocéens, une entreprise marseillaise dont l’activité porte sur la collecte de déchets dangereux. Son montant annuel est de 370 792,95 euros hors taxes. L’accord-cadre court sur 48 mois, avec un plafond global de 2,916 millions d’euros hors taxes.

À l’échelle hospitalière, ce n’est pas un grand chantier. C’est précisément son intérêt. Le soin produit des gestes visibles, des examens, des traitements, des urgences. Il produit aussi une intendance plus silencieuse: séparer les déchets, choisir les bons contenants, garder une trace, organiser les enlèvements, vérifier que ce qui sort de l’hôpital sera traité dans la bonne filière.

Le périmètre donne de l’épaisseur à cette dépense ordinaire. Les Hôpitaux de Provence regroupent 13 établissements publics, plus de 9 300 lits et places, sur un territoire de deux millions d’habitants. L’AP-HM en est l’établissement support. Dans un tel ensemble, la gestion des déchets chimiques n’est pas un détail de ménage. C’est une chaîne de responsabilité.

Elle commence avant le passage du prestataire. Dans les services et les locaux techniques, il faut éviter les mélanges hasardeux, identifier les produits, utiliser des emballages adaptés, séparer ce qui relève du chimique, de l’infectieux et du déchet banal. Le danger n’est pas seulement environnemental. Il concerne aussi les agents qui manipulent, déplacent, stockent ou chargent ces contenants.

Cette chaîne continue après le portail de l’hôpital. Les déchets dangereux doivent être suivis. La réglementation impose des bordereaux et une traçabilité, désormais largement dématérialisés via Trackdéchets. Autrement dit, l’hôpital ne se débarrasse pas simplement d’un problème. Il doit pouvoir dire ce qu’il a produit, qui l’a enlevé et vers quel traitement le déchet est parti.

Le sujet éclaire aussi une limite utile dans les discours sur l’hôpital plus sobre. L’AP-HM affiche des objectifs de réduction des déchets infectieux, de recyclage et de réemploi. Mais tous les déchets ne se prêtent pas à la même logique. Certains peuvent être évités ou mieux orientés. D’autres doivent surtout être isolés, tracés et traités correctement.

Ce marché public raconte donc une écologie hospitalière très concrète. Moins visible que les nouveaux bâtiments ou les équipements médicaux, mais présente dans les locaux de stockage, les étiquettes, les tournées spécialisées et les factures régulières. Dans les Bouches-du-Rhône, où l’hôpital public occupe une place majeure, il rappelle une chose simple: après le soin, il reste encore du travail.