Pour assister à « Du sel dans les yeux », les spectateurs ne pousseront pas simplement la porte d’un théâtre. Les 21, 22 et 23 mai, ils devront réserver, embarquer sur une navette maritime et rejoindre la digue du large, ce long morceau de port que beaucoup de Marseillais voient sans jamais y mettre les pieds.
C’est le meilleur point d’entrée dans la participation du Grand Port maritime de Marseille Fos à la Saison Méditerranée 2026. Non pas parce qu’un port industriel deviendrait soudain un lieu de promenade, mais parce que l’événement crée quelques accès concrets dans un espace qui structure Marseille tout en restant largement fermé.
À Marseille, le port se voit de loin: bassins, ferries, grues, grilles, files de camions, cheminées, navires de croisière. Il pèse dans l’emploi, dans l’image de la ville, dans ses nuisances et dans les débats sur la pollution. Mais il se traverse peu. On le longe, on le regarde, on le critique, on y travaille parfois. On y entre rarement comme simple habitant.
La Saison Méditerranée, portée par l’Institut français, s’ouvrira à Marseille du 15 au 24 mai avant de se déployer en France jusqu’au 31 octobre. Dans la ville, le programme annonce une cinquantaine de rendez-vous gratuits, entre le Pharo, le Mucem, le Château d’If, la Friche et le Grand Port maritime. Le 23 mai, une soirée gratuite doit se tenir sur un site portuaire, avec repas méditerranéen, danse, performance et une « Symphonie portuaire » associant notamment Campus art Méditerranée, Raphaël Imbert et Mécanique Vivante, avec environ 200 musiciennes et musiciens amateurs annoncés.
Il faut garder la juste mesure. Une programmation culturelle ne change pas la nature du port. Les accès restent ponctuels, organisés, limités par les contraintes de sécurité et de fonctionnement. Le port de Marseille Fos demeure d’abord une grande infrastructure industrielle et logistique, pas un parc urbain.
Mais l’intérêt est précisément là. Ces ouvertures encadrées montrent comment Marseille tente de retisser un lien avec son port. Après les débats sur les croisières branchées à quai à Marseille, l’électrification ou la pollution, le registre change. Cette fois, il ne s’agit pas seulement de réduire les nuisances ou de défendre l’activité économique. Il s’agit de rendre le port plus lisible pour la ville.
Ce travail avait déjà commencé avec le Port Center, installé à la gare maritime de la Major, face à la cathédrale, où le port propose visites, expositions et rencontres. Le projet Phare, qui prévoit notamment un futur siège et la réhabilitation de la halle J0, s’inscrit dans la même logique: faire exister une interface plus claire entre la ville et ses bassins.
La Saison Méditerranée ne résout rien à elle seule. Elle peut toutefois réussir une chose simple et utile: déplacer le regard pendant quelques jours. Sur la digue du large ou dans une soirée au Grand Port, le port ne sera pas seulement ce que l’on contourne, ce que l’on respire ou ce que l’on débat. Il sera aussi, brièvement, un endroit où l’on entre.