Article

Euroméditerranée II: à Marseille, l’environnement revient par les détails

Un marché public relance l’évaluation environnementale d’Euroméditerranée II, entre bruit, air, sols, eau, chaleur et trafic.

Illustration d’un quartier en transformation

Un contrat de quatre ans vient de remettre sur la table les questions les plus physiques d’Euroméditerranée II: le bruit, l’air, l’eau, les sols, le trafic, l’ombre, la chaleur. À Marseille, ce ne sont pas des détails. Ce sont souvent eux qui décident si un quartier neuf devient agréable à vivre, ou reste seulement séduisant sur plan.

L’Établissement public d’aménagement Euroméditerranée cherche un bureau d’études pour reprendre l’évaluation environnementale du projet. Le marché publié fin avril prévoit une étude d’impact « chapeau », c’est-à-dire une base commune pour regarder Euroméditerranée II dans son ensemble, avec des carnets par secteur: Projet Littoral, Bougainville-Aygalades, Canet, façade littorale, Sogaris.

Le sujet tient dans cette addition. À force de construire par morceaux, sait-on encore mesurer ce que l’ensemble produit? C’est la faiblesse déjà relevée par l’Autorité environnementale: des études opération par opération ne suffisent pas toujours à évaluer les effets cumulés d’un programme de cette taille.

Euroméditerranée II couvre environ 170 hectares dans le nord de Marseille, sur des emprises longtemps marquées par l’activité industrielle, ferroviaire ou portuaire. L’ambition est connue: logements, bureaux, équipements, espaces publics, nouveaux liens entre des secteurs longtemps coupés les uns des autres. Mais une ville ne se juge pas seulement à la quantité de mètres carrés livrés.

Le secteur Littorale donne la mesure du sujet. L’Autorité environnementale y cite une programmation de plus de 540 000 m² de surface de plancher, dont 3 600 logements, avec des bureaux, des commerces, des équipements publics et des activités. À cette échelle, l’environnement n’est pas un vernis. Il entre dans la conception même du quartier: exposition au bruit, place de la voiture, gestion des sols pollués, eaux souterraines, risque d’inondation, îlots de chaleur, santé des habitants.

C’est ici que l’étude peut encore servir. Pas en annonçant, à elle seule, un changement de cap. Mais en obligeant à mieux regarder ce que les opérations additionnées fabriquent réellement. Pour les habitants, les mots techniques deviennent vite des questions ordinaires: où peut-on marcher sans se sentir coincé par la circulation? Où trouver de l’ombre en été? Que devient la terre excavée? Comment limite-t-on le bruit près des grands axes? Où l’eau s’infiltre-t-elle au lieu de ruisseler?

Le parc des Aygalades montre aussi ce que le projet peut gagner quand ces sujets sont pris au sérieux. Prévu sur 16 hectares, il doit restaurer une partie du ruisseau, désimperméabiliser des sols et créer un grand espace de fraîcheur et d’usages entre plusieurs quartiers. Un parc ne règle pas tout. Mais il rend visible une idée simple: densifier n’a de sens que si l’on améliore aussi les parcours, l’air, l’ombre et les espaces communs.

Le marché d’étude ne dit donc pas qu’Euroméditerranée II s’arrête, ni même qu’il change déjà. Il dit autre chose, plus concret: le projet doit désormais être relu à l’échelle de ses effets cumulés. Pour Marseille, le test sera là, secteur par secteur: continuer à construire, mais montrer ce que cela change vraiment pour ceux qui traversent, habitent ou travaillent déjà dans ces morceaux de ville.