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Carburants chers: le covoiturage métropolitain revient dans le calcul quotidien

Avec les carburants au-dessus de 2 euros le litre, LeCovoiturage revient dans le calcul des trajets domicile-travail métropolitains.

Illustration - Covoiturage près d'une station-service

Avec l’essence SP95-E10 repassée au-dessus de 2 euros le litre en moyenne nationale le 28 avril, et un gazole autour de 2,21 euros, le covoiturage du quotidien n’est plus seulement une bonne intention. Dans les Bouches-du-Rhône, où 69,6 % des actifs vont travailler en voiture, camionnette ou fourgon, il peut devenir un vrai calcul de fin de mois.

La Métropole Aix-Marseille-Provence remet donc en avant LeCovoiturage, son service opéré via l’application Karos. Le sujet n’est pas de remplacer la voiture partout. Il est plus concret: remplir une partie des sièges vides sur les trajets déjà faits chaque jour, surtout là où les transports collectifs restent insuffisants ou peu pratiques.

Après les navettes maritimes et le bus à la demande à Peynier, ce dispositif éclaire une autre pièce du puzzle métropolitain: les déplacements ordinaires, répétés, souvent trop diffus pour être bien couverts par une ligne fixe.

Les règles sont assez simples. Pour le conducteur, l’incitation démarre à 2 euros par passager pour un trajet de 5 à 20 km, puis passe à 0,10 euro par kilomètre, avec une aide métropolitaine pouvant aller jusqu’à 3 euros par trajet et par passager. Pour le passager, les trois premiers trajets sont offerts. Ensuite, le trajet est inclus dans l’abonnement de transport métropolitain jusqu’à 30 km, puis facturé 0,10 euro par kilomètre supplémentaire. Sans abonnement, il coûte 0,50 euro jusqu’à 30 km, puis 0,10 euro par kilomètre au-delà.

L’intérêt n’est pas énorme sur un trajet isolé. Il devient sérieux dans la répétition. Un salarié qui partage plusieurs fois par semaine un trajet entre une commune périurbaine et une zone d’activité réduit directement sa facture. Un conducteur qui ne change presque rien à son itinéraire récupère une partie du coût de carburant. Le dispositif peut fonctionner parce qu’il s’ajoute aux habitudes plutôt que de demander de tout réorganiser.

Les premiers chiffres montrent qu’il y a un usage réel. La Métropole annonce plus de 36 500 trajets en mars, un record, avec des inscriptions en hausse de plus de 26 % par rapport à février et des trajets en progression de plus de 22 %. Elle indique aussi que 317 nouveaux utilisateurs ont rejoint la plateforme en une semaine début avril, puis que 8 247 trajets ont été réalisés la semaine suivante. Le chiffre selon lequel plus de 95 % des nouveaux inscrits trouvent rapidement des trajets adaptés doit rester attribué à la Métropole, car sa méthode de calcul n’est pas détaillée. Mais le service n’a manifestement rien d’une vitrine vide.

Le vrai test se jouera hors des centres les mieux desservis: autour d’Aubagne, de Rousset, de Fuveau, de Berre-l’Étang, de Venelles, des parkings relais, des zones d’activité et des horaires décalés. C’est là que la voiture reste souvent la solution par défaut, faute d’alternative simple. La Métropole recense déjà plusieurs aires de covoiturage, dont La Barque à Fuveau, Berre-l’Étang et Venelles Nord.

Les employeurs peuvent aussi faire basculer l’usage. Le service permet de créer des communautés d’entreprise dans l’application, pour faciliter les trajets entre collègues ou salariés d’un même secteur. Plus de 250 employeurs du territoire auraient déjà bénéficié de ce programme. C’est un point important: le covoiturage quotidien fonctionne mieux quand il s’appuie sur des horaires, des parkings et des équipes existantes.

Le covoiturage ne convient pas à tous les trajets. Il demande une certaine régularité, un minimum de confiance et une offre suffisante sur le bon axe. Pour un habitant, la bonne question est donc très pratique: mon trajet fait-il plus de 5 km, revient-il souvent, se fait-il à horaires assez stables, et existe-t-il quelqu’un sur le même axe ?

Si oui, LeCovoiturage mérite au moins un essai. Quand le litre dépasse 2 euros, un siège vide a un coût.