Les navettes maritimes ont repris à Marseille depuis le 25 avril. Jusqu’au 27 septembre 2026, elles relient le Vieux-Port à la Pointe-Rouge et à l’Estaque. La ligne Pointe-Rouge-Les Goudes reprendra du 30 mai au 30 août. Le principe est lisible: un départ par heure, tous les jours, environ 35 minutes entre le Vieux-Port et la Pointe-Rouge ou l’Estaque, 15 minutes entre la Pointe-Rouge et Les Goudes.
Le service n’est pas gratuit, mais il reste intégré à une partie du réseau RTM, la Régie des transports métropolitains. Le trajet simple coûte 5 euros sur les principales liaisons, 8 euros pour rejoindre Les Goudes depuis le Vieux-Port avec correspondance à la Pointe-Rouge. Les abonnements RTM de 7 jours, 30 jours, annuels ou permanents permettent d’embarquer sans supplément. En revanche, les pass 24h, 72h et CityPass ne suffisent pas. Les titres s’achètent à bord, et la place n’est pas garantie si le bateau est plein.
C’est là que se joue le vrai sujet. La navette maritime est une alternative concrète à la voiture, mais pas un métro sur l’eau. Un départ par heure impose de s’organiser. La capacité reste limitée: jusqu’à 123 passagers sur les grandes liaisons, moins de 50 vers Les Goudes. La météo peut aussi suspendre le service. Pour un trajet quotidien très contraint, l’offre restera parfois trop fragile. Pour une sortie, un accès au littoral, une correspondance avec le bus, le métro ou le tramway, elle peut en revanche faire gagner du temps, éviter le stationnement et rendre le déplacement plus simple.
L’intérêt est particulièrement clair autour des calanques et des secteurs littoraux saturés dès les beaux jours. À Marseille, le problème n’est pas seulement de proposer une traversée agréable. C’est aussi d’absorber une partie des flux vers des lieux où les routes sont vite pleines, les parkings rares et les accès naturels sous pression. Dans ce cadre, le bateau n’efface pas la fréquentation touristique. Il donne une option de plus, et parfois la bonne.
D’autres villes montrent que cette option peut peser davantage quand elle est fréquente et très lisible. Dans la rade de Toulon, les bateaux-bus ont dépassé les 2 millions de passagers en 2024. À Bordeaux, le BATO vise 780 000 passagers par an avec des fréquences de 25 à 30 minutes et une intégration aux titres de transport classiques. Marseille joue une autre partition: un service saisonnier, plus espacé, mais placé sur des trajets où la route atteint vite ses limites.
Le cap est intéressant. Dans une métropole qui cherche à réduire la dépendance à la voiture, la mer ne peut pas rester seulement un paysage. Elle peut devenir un maillon de déplacement, à condition que l’information soit claire, que les correspondances fonctionnent et que les usagers sachent exactement ce que le service permet, et ce qu’il ne permet pas. Le retour des navettes maritimes ne transforme pas la mobilité marseillaise à lui seul. Il remet simplement la rade au travail.