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À Marseille, le plasma se joue aussi dans une salle de surgélation

L’EFS PACA-Corse prépare à Marseille un équipement de surgélation du plasma, au moment où la France veut augmenter fortement ses collectes.

Illustration - Chaîne du froid du plasma

À Marseille, une partie de la sécurité transfusionnelle dépend d’une chaîne du froid que le public ne voit presque jamais. L’Établissement français du sang PACA-Corse prépare l’achat d’une solution de surgélation par azote pour des plasmas d’origine humaine, destinée au site de la Vallée Verte, dans le 11e arrondissement.

L’avis de marché, publié le 25 avril, évalue l’équipement à 300 000 euros hors taxes. Les offres sont attendues avant le 1er juin, pour une installation complète avant le 31 décembre 2026. Derrière ce marché très spécialisé se trouve un enjeu concret : collecter, préparer, congeler, stocker puis distribuer des produits sanguins sans rupture dans la chaîne.

Le plasma est la partie liquide du sang. Il peut être transfusé directement dans certains cas, mais il sert aussi à fabriquer des médicaments essentiels, notamment des immunoglobulines, de l’albumine et des facteurs de coagulation. L’Établissement français du sang rappelle que plus de 500 000 patients sont soignés chaque année grâce aux dons de plasma. Or les besoins progressent, avec le vieillissement de la population, le développement de certains traitements et de meilleurs diagnostics.

La France cherche donc à collecter davantage. Le contrat d’objectifs de l’EFS prévoit de passer de 867 133 litres de plasma livrés au Laboratoire français de fractionnement et des biotechnologies en 2024 à 1,4 million de litres en 2028. Le premier palier a été dépassé en 2025, avec 922 615 litres livrés. Mais collecter plus ne suffit pas. Chaque poche doit suivre un parcours maîtrisé, avec des délais et des températures précises. Pour certains plasmas frais congelés, la congélation doit intervenir dans les 24 heures suivant le prélèvement, avec une conservation à -25 °C ou moins.

Dans les Bouches-du-Rhône, l’effort se voit aussi côté donneurs. À Aubagne, une nouvelle maison du don a ouvert le 16 mars 2026, avec une cible de 40 donneurs par jour, dont 20 donneurs de plasma. L’EFS indique que plus d’une vingtaine de projets immobiliers sont lancés jusqu’en 2028 pour accueillir davantage de donneurs. La Vallée Verte représente l’autre versant de cette montée en charge : moins visible, mais indispensable si l’on veut transformer davantage de dons en produits disponibles pour les patients.

Le site marseillais n’est pas un simple point administratif. Depuis son installation au domaine de la Vallée Verte, il regroupe des fonctions régionales de préparation des produits sanguins, de contrôle qualité, de services techniques, de stocks et de départs de collectes mobiles pour les Bouches-du-Rhône. Un équipement de surgélation y a donc une portée qui dépasse la machine elle-même. Il touche à la fiabilité d’une chaîne entière.

Ce marché rappelle aussi une chose souvent oubliée : la commande publique ne sert pas seulement à construire des routes, rénover des bâtiments ou acheter du mobilier. Elle finance aussi des équipements spécialisés qui font tenir le quotidien sanitaire. Ici, pas de grand chantier visible. Mais une chaîne du froid mieux équipée, des dons mieux conservés, des stocks plus robustes et des hôpitaux qui dépendent d’un produit disponible au bon moment.