La Métropole Aix-Marseille-Provence vient d’attribuer un marché pour équiper et maintenir les dispositifs de pesage de ses installations de gestion des déchets. Ce n’est pas l’achat le plus visible du mandat. C’est pourtant un point sensible du service public: sans pesée fiable, impossible de savoir précisément ce qui entre dans les sites, ce qui en sort, ce qui se recycle, ce qui s’enfouit et ce qui coûte.
Le contrat a été conclu le 14 avril 2026. Il porte sur deux lots: le matériel de pesage avec ses outils informatiques, puis les interventions annuelles. Son plafond atteint 2,14 millions d’euros hors taxes sur quatre ans au maximum. Les deux lots ont été attribués à Micromega, une entreprise installée à Meyreuil.
L’enjeu dépasse la balance à l’entrée d’un centre. En 2024, les services métropolitains ont pris en charge 1 079 921 tonnes de déchets ménagers et assimilés, soit 565 kg par habitant. Dans ce total, 57 % venaient des ordures ménagères résiduelles, c’est-à-dire les déchets non triés, 30 % des déchèteries, 8 % de la collecte sélective et 5 % d’autres apports, dont encombrants et biodéchets.
Le traitement montre aussi le chemin qui reste à faire: 26 % des tonnages sont partis en valorisation matière, 11 % en valorisation organique, 34 % en valorisation énergétique et 29 % en enfouissement. À cette échelle, mieux mesurer n’est pas un raffinement technique. C’est la base pour savoir si une collecte de biodéchets progresse, si une déchèterie absorbe trop de tout-venant, si une tournée réorganisée produit un effet réel ou si les volumes se déplacent simplement d’une catégorie à l’autre.
Le deuxième enjeu est financier. La gestion des déchets a représenté 521 millions d’euros de dépenses en 2024, dont 462 millions en fonctionnement et 59 millions en investissement. Le coût restant à financer après recettes, soutiens et aides est évalué à 203 euros hors taxes par habitant, ou 402 euros hors taxes par tonne. Dans un service de cette taille, la donnée de pesage sert aussi à contrôler les prestataires, comparer les sites, suivre les volumes et facturer au bon endroit, notamment pour certains professionnels.
Le contexte régional rend ce travail encore plus nécessaire. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, les déchets ménagers et assimilés atteignaient 638 kg par habitant en 2021, contre 548 kg en France métropolitaine. La région valorisait aussi moins ses déchets: 37 %, contre 48 % au niveau national. Les Bouches-du-Rhône ne sont pas le territoire le plus exposé de la région, mais l’Insee relève que la collecte séparée et l’apport en déchèterie y restent les moins répandus.
Ce marché ne réduira pas les déchets par lui-même. Il donne surtout un outil pour vérifier si les volumes baissent vraiment, ou s’ils se déplacent d’un flux à l’autre. Dans un service où chaque camion, chaque benne et chaque filière produit des coûts, la donnée de pesage devient une infrastructure aussi concrète que les centres de tri. Moins visible qu’un nouveau bac jaune, mais souvent plus utile pour savoir où agir ensuite.