La RTM, la Régie des transports métropolitains, va remettre à niveau une partie de son système vidéo. Le marché attribué après un appel d’offres lancé en 2025 peut atteindre 14,8 millions d’euros hors taxes sur huit ans: quatre ans fermes, reconductibles une fois, avec un plafond de 7,4 millions d’euros par période.
Le contrat, attribué à Istal Energies, ne concerne pas seulement l’achat de caméras. Il couvre la modernisation et le développement des installations vidéo du groupe RTM, avec les études d’implantation, les équipements de détection, l’enregistrement, le chiffrement, les liaisons optiques, les écrans, les armoires techniques, les câbles et le suivi de l’état du système. Autrement dit: de la vidéo, mais aussi toute l’intendance qui permet aux images d’être exploitables au bon moment.
C’est ce qui rend le sujet plus concret qu’une annonce sécuritaire classique. Une caméra mal placée, une liaison en panne ou un enregistrement inutilisable ne servent à personne. Un système fiable peut, lui, aider à gérer une altercation, un malaise, un colis oublié, une intrusion, une panne d’équipement ou un mouvement de foule. Pour les conducteurs, les agents en station et les équipes de supervision, la question n’est pas seulement de voir. C’est de pouvoir agir plus vite.
La RTM dispose déjà d’un réseau très équipé. Elle revendique 5 623 caméras fixes et embarquées, 43 opérateurs affectés au poste de sûreté et vidéo, ainsi qu’un programme de remplacement des anciennes caméras analogiques par des caméras numériques dans les stations de métro. La modernisation annoncée ne crée donc pas un nouveau modèle: elle renforce une infrastructure déjà installée dans le quotidien des voyageurs marseillais.
Reste à ne pas confondre équipement et résultat. Les travaux disponibles sur la vidéosurveillance restent prudents. Les effets les plus nets concernent surtout certains vols ou dégradations, beaucoup moins les violences. Dans les transports, la caméra seule ne suffit pas à améliorer fortement le sentiment de sécurité. Ce qui compte, c’est la chaîne complète: qualité des images, présence humaine, réactivité, coordination avec les agents, information des usagers et maintenance.
L’autre enjeu est celui des données. En France, les images de vidéoprotection dans les lieux ouverts au public ne peuvent être consultées que par des personnes habilitées. Les voyageurs doivent être informés. Les accès doivent être tracés. La conservation des images doit rester limitée: en pratique quelques jours suffisent souvent, avec un plafond d’un mois. Ce cadre devient plus sensible à mesure que les systèmes se modernisent.
Pour l’instant, rien dans les éléments disponibles ne permet d’affirmer que le marché RTM inclut de l’analyse automatisée des images, encore moins de la reconnaissance faciale. Il faut donc éviter le raccourci. Mais la question devra être suivie, car la frontière bouge vite entre vidéoprotection classique, détection automatique d’incidents et outils dits “augmentés”.
Ce marché s’inscrit aussi dans une séquence plus large. La Métropole Aix-Marseille-Provence investit dans le nouveau métro automatique, les extensions de tramway, les bus à haut niveau de service et les pôles d’échanges. Elle affiche 16 projets de mobilité pour environ 2 milliards d’euros, avec l’objectif que chaque habitant puisse accéder à un transport en commun à moins de quinze minutes en 2030.
Dans ce contexte, la vidéo n’est pas le cœur visible de la politique de transport. Mais elle en devient une pièce technique importante. Le vrai test sera simple: savoir si ces millions d’euros produisent un réseau mieux supervisé, plus réactif et plus sûr pour les usagers comme pour les agents. Et si cette modernisation reste lisible, encadrée et contrôlée.