Article

Collèges renommés: le Département veut donner du sens aux noms

Deux collèges des Bouches-du-Rhône changent de nom. Le Département assume une politique de dénomination pensée comme outil de transmission et de mémoire.

Illustration - noms de collèges

Dans les Bouches-du-Rhône, le Département ne fait pas que gérer les bâtiments des collèges. Il choisit aussi les figures qu’il place au-dessus de leur porte.

Le 14 avril, deux changements de nom ont été votés à l’unanimité : le collège Les Amandeirets, à Châteauneuf-les-Martigues, devient le collège Claudie-Haigneré ; le collège Jean-Jaurès, à Peyrolles-en-Provence, devient le collège Olivier-Frégeac. L’annonce publiée le 24 avril prolonge une série déjà engagée : huit collèges rebaptisés en 2024-2025, dont sept avec des noms de femmes.

Ce n’est pas un détail d’intendance. Dans un département qui compte 132 collèges et 106 000 collégiens, ces noms fabriquent une mémoire publique. Ils disent aux élèves quelles vies méritent d’être retenues : scientifiques, artistes, élus locaux, sportives, résistantes, militantes, pionnières. Un nom ne suffit pas à faire une politique éducative. Mais il peut devenir un point d’entrée concret dans l’histoire, les sciences, l’égalité ou la citoyenneté.

Le choix de Claudie Haigneré est le plus direct. Médecin, astronaute, première Française dans l’espace, elle parle à la fois d’excellence scientifique et de représentation féminine. Le sujet n’est pas cosmétique. En France, selon une étude du Conseil d’évaluation de l’École publiée en 2024, 77 % des collèges publics portant un nom de personne rendent hommage à une personnalité, mais seulement 17 % de ces noms sont féminins. Le mouvement récent corrige en partie ce déséquilibre : parmi les collèges ouverts ou renommés entre 2017 et 2023, 65 % des nouveaux noms de personnalités étaient féminins.

Cette bataille des noms rejoint un enjeu scolaire très actuel. L’OCDE relevait dans PISA 2022 un écart de 10 points en mathématiques en faveur des garçons en France. Le ministère de l’Éducation nationale a depuis lancé un plan « Filles et maths » pour encourager les parcours scientifiques des filles. Dans ce contexte, un collège Claudie-Haigneré peut faire plus qu’honorer une grande figure. Il peut servir de levier pédagogique, à condition que l’établissement s’en empare : projets scientifiques, rencontres, travaux en classe, discussion sur les parcours et les obstacles.

Le cas d’Olivier Frégeac est différent. L’ancien maire de Peyrolles-en-Provence, mort en 2025, inscrit le collège dans une mémoire locale. C’est légitime : le service public ne se raconte pas seulement avec des figures nationales. Il se raconte aussi avec des élus, des enseignants, des habitants, des personnes qui ont marqué une commune. Mais ici, le changement remplace Jean Jaurès. Ce n’est pas neutre. Jaurès reste une référence majeure de l’école républicaine, du socialisme français et de la laïcité. Remplacer son nom demande donc une explication claire aux élèves et aux familles : pourquoi ce choix, pourquoi maintenant, et que veut-on transmettre exactement ?

C’est là que la méthode compte. Le nom d’un collège relève du conseil départemental, après avis du maire de la commune et du conseil d’administration de l’établissement. Mais un avis n’est pas une vraie appropriation. Si les élèves, les parents et les équipes éducatives découvrent le nom une fois la décision prise, la plaque restera une plaque. Si le choix devient un travail collectif, le nom peut ouvrir un débat utile : qui entre dans la mémoire commune ? Quelle place pour les femmes ? Quelle place pour les figures locales ? Quelle place pour les scientifiques, les artistes, les sportifs, les résistants, les élus ?

Le Département a déjà choisi une ligne visible : Françoise Duparc, Ariane Ascaride, Katherine Johnson, Gisèle Halimi, Muriel Hurtis, Alice Guy, Florence Arthaud, Claudie Haigneré. Ce panthéon scolaire mélange Provence, culture, sport, sciences, droits des femmes et ouverture au monde. C’est plus intéressant qu’une simple opération de communication. Encore faut-il éviter le mot-valise. « Excellence » peut tout dire et ne rien dire. Si elle signifie montrer aux élèves des parcours exigeants, divers, accessibles au travail et à la curiosité, le mot a un sens. S’il sert seulement à vernir une inauguration, il en a beaucoup moins.

Le changement de nom ne transformera pas un collège à lui seul. Mais à condition d’être expliqué et travaillé, un nom peut devenir plus qu’un hommage. Il peut devenir une leçon publique.