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Écoles marseillaises: avant les travaux, la bataille se joue dans la fabrication des projets

Un nouveau marché du Plan écoles à Marseille éclaire le vrai enjeu: préparer, cadencer et rendre réalisables les opérations avant même le début des travaux.

École marseillaise en rénovation

Écoles marseillaises: avant les travaux, la bataille se joue dans la fabrication des projets

Le marché publié le 23 avril par la Société publique des écoles marseillaises ne fait pas encore entrer des ouvriers dans les cours d’école. Il lance l’étape qui permet de décider quoi faire, dans quel ordre, avec quel budget et avec quelles équipes. L’avis vise les écoles de type Egger de la vague 4 du Plan écoles. Il prévoit une part forfaitaire pour six sites déjà stabilisés, une part à bons de commande pour d’autres écoles du même type, un plafond de 800 000 euros hors taxes sur quatre ans, et une date limite de réponse fixée au 22 mai.

Cela peut sembler très technique. C’est pourtant le moment où un grand plan commence à devenir une suite d’opérations réalisables. Tant que ce travail n’est pas fait, il n’y a ni appel d’offres solide, ni calendrier crédible, ni chantier qui démarre. À Marseille, c’est là que se joue désormais la vitesse réelle du Plan écoles. La Ville affiche 1,5 milliard d’euros, 470 établissements concernés, 188 opérations majeures confiées à la société publique, 27 nouvelles écoles ouvertes depuis 2020 et 81 écoles en chantier ou en étude.

Le choix des écoles Egger dit aussi quelque chose de la méthode. Marseille essaie de rénover par familles de bâtiments, pas école par école. Dès 2021, la Ville expliquait que 60 % de son parc relevait de quatre grandes typologies, Jules Ferry, Egger, Maison d’école et GEEP, avec l’idée de bâtir une méthode de réhabilitation réutilisable. L’intérêt est simple: quand les bâtiments se ressemblent, on peut standardiser une partie des diagnostics, des arbitrages et des consultations. Le 19 avril, un autre marché presque jumeau a d’ailleurs été publié pour les écoles GEEP de la vague 4, lui aussi sur six sites stabilisés et avec un plafond de 800 000 euros hors taxes sur quatre ans.

Cette logique de série répond à une faiblesse bien connue: la machine marseillaise a mis du temps à se mettre en place. Un rapport du Sénat rappelle qu’à la fin de 2022, la Société publique des écoles marseillaises ne comptait encore que deux salariés, en plus du directeur. En 2024, elle n’avait qu’une vingtaine de collaborateurs pour un objectif de 35, tandis que plusieurs documents clés n’ont été signés qu’en 2023. Le recours à de l’ingénierie externe n’a donc rien d’un luxe. C’est une façon de rattraper du terrain sur la préparation des opérations avant l’arrivée des travaux visibles.

Marseille n’est pas seule face à ce problème. À l’échelle du pays, les établissements scolaires représentent plus de 130 millions de mètres carrés répartis sur 60 000 bâtiments, et la Banque des Territoires rappelait en 2025 que 8 écoles sur 10 ont besoin d’une rénovation énergétique. Son programme EduRénov avait alors atteint 5 001 établissements accompagnés. Marseille pousse simplement ce défi national à une échelle plus brute, avec un parc immense, très marqué par les constructions d’après-guerre, et peu de marge pour les faux départs. Ce marché ne répare pas encore une école. Il décide combien pourront vraiment entrer en travaux, et à quel rythme.