Article

Côte bleue: le nouveau plan de gestion va devoir trancher

Un nouveau plan de gestion s’ouvre sur la Côte bleue, avec des choix concrets à venir entre accès au littoral, protection des milieux et pression estivale.

Littoral de la Côte bleue

Côte bleue: le nouveau plan de gestion va devoir trancher

La Côte bleue entre dans une phase plus concrète. Avec le marché lancé pour préparer un nouveau plan de gestion, la question n’est plus de savoir si ce littoral est beau, fragile et très fréquenté. La question est de savoir comment on le tient. Garder l’accès sans laisser le site s’user, protéger sans fermer, faire circuler habitants, promeneurs, secours et activités de mer sans laisser chaque été régler le problème à coups d’improvisation.

Ce n’est pas un coin secondaire du département. La Côte bleue compte 3 390,97 hectares protégés et 10 kilomètres de côtes. Le Conservatoire du littoral la présente comme son troisième plus vaste site en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Le précédent cycle de gestion, prolongé jusqu’en 2024, reposait déjà sur trois priorités très parlantes: restaurer les milieux, lutter contre les dépôts sauvages et les incendies, maintenir des activités comme l’élevage caprin et l’apiculture, et ouvrir le site au public de manière raisonnée. À l’échelle française, le Conservatoire protège aujourd’hui plus de 220 000 hectares, soit 18 % des rivages. Le fond du sujet est donc bien plus large qu’un dossier local: partout, il faut arbitrer entre protection, accueil et pression d’usage. Ici, l’arbitrage devient urgent.

La mer montre déjà à quoi ressemblent ces arbitrages quand ils cessent d’être théoriques. Le site Natura 2000 Côte Bleue Marine couvre 19 000 hectares. Il comprend notamment 1 049 hectares d’herbiers de posidonie, habitat clé pour la biodiversité méditerranéenne. Deux zones de protection forte existent au Cap Couronne et à Carry-le-Rouet. En 2024, quatre secteurs ont été interdits au mouillage en permanence pour les navires de toute taille. Et les grands navires de plus de 20 mètres sont encadrés depuis plusieurs années avec des zones autorisées limitées. En clair, la Côte bleue n’est déjà plus un espace où chacun se place où il veut. Le futur plan terrestre devra être à la même hauteur de précision.

À terre, la pression est tout aussi nette, et elle ne concerne pas seulement le confort des riverains. Les Bouches-du-Rhône restent le département métropolitain le plus exposé au feu de forêt, avec environ 250 départs de feu par an, 1 900 hectares brûlés en moyenne, et près de 90 % des départs d’origine humaine. L’accès aux massifs y est réglementé du 1er juin au 30 septembre. Sur la Côte bleue, cela se traduit déjà par des mesures plus serrées: au Rove, un filtrage doit être mis en place dès le 1er mai les week-ends et jours fériés, avec renfort des patrouilles, lutte contre le stationnement anarchique et attention particulière aux accès de secours. Le futur plan de gestion devra donc parler à la fois de biodiversité, de stationnement, de sentiers, de prévention incendie et de circulation réelle des secours. C’est là qu’il sera attendu.

Le test sera simple. Un bon plan de gestion ne sert pas à empiler de bonnes intentions. Il sert à fixer une hiérarchie claire: ce qui doit être protégé strictement, ce qui peut rester accessible, ce qui doit être canalisé, ce qui devra être limité à certaines périodes, et qui assumera ensuite l’entretien, la surveillance et les contrôles. Sur la Côte bleue, la ligne crédible n’est ni le libre-service, ni la mise sous cloche. C’est une côte vivante, mais avec des règles enfin assez claires pour tenir tout l’été, et pas seulement jusqu’au prochain week-end de saturation.