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Frioul: la reconstruction de la station d’épuration met la Métropole face à un test très concret

La Métropole relance la reconstruction de la station d’épuration du Frioul, un chantier clé pour l’assainissement, la qualité des eaux et la gestion estivale des îles.

Illustration - station d’épuration sur île méditerranéenne

Frioul: la reconstruction de la station d’épuration met la Métropole face à un test très concret

La Métropole Aix-Marseille-Provence remet en jeu la reconstruction de la station d’épuration du Frioul, avec un marché de travaux portant sur sa démolition puis sa reconstruction. La station actuelle date de 1974 et les documents de la consultation disent clairement qu’elle doit être remise en conformité. Plus révélateur encore, les critères techniques demandent aux entreprises de montrer comment elles géreront la contrainte insulaire et la continuité du service pendant le chantier. Au Frioul, l’assainissement n’est pas un équipement qu’on peut mettre sur pause.

C’est ce qui donne au sujet sa vraie portée. Le Frioul, ce n’est pas seulement un décor de carte postale au large de Marseille. Le Parc national des Calanques rappelle que l’archipel abrite une centaine d’habitants et reçoit plus de 400 000 visiteurs par an. Une étude de fréquentation menée pour le comité insulaire montre à quel point cet espace est vite sous tension: sur 194 hectares, seulement 70 sont réellement utilisables, et la fréquentation moyenne d’été atteint 3 020 personnes par jour. Dit autrement, le problème n’est pas seulement la beauté du site, c’est sa capacité réelle à absorber les usages.

La pression vient aussi de la mer. La même étude recense en juillet-août une moyenne de 378 bateaux simultanément au mouillage, avec des pics au-dessus de 580, et estime que la présence sur l’eau peut dépasser 2 030 plaisanciers. Elle ajoute un point très concret: le manque de services sur place, qu’il s’agisse de l’entretien des sanitaires, du ramassage des déchets ou des dispositifs de vidange des eaux noires des bateaux, peut générer des pollutions organiques. La station d’épuration n’est donc pas un dossier technique isolé. Elle fait partie d’une chaîne de base qui conditionne la tenue de l’île en pleine saison.

Le lien avec la qualité des eaux n’est pas théorique. À Saint-Estève, le principal site de baignade surveillé du Frioul, la qualité a été classée “suffisante” en 2025 par le ministère de la Santé, avec plusieurs prélèvements seulement “moyens” et deux “mauvais” en juillet et août. Ce n’est pas un signal de crise, mais ce n’est pas non plus un niveau qui autorise l’autosatisfaction sur un site aussi exposé. Quand on additionne la fréquentation terrestre, la plaisance, la sensibilité écologique et le rejet en mer au cœur du parc national des Calanques, moderniser l’assainissement ressemble moins à un confort qu’à un minimum.

Le dossier raconte enfin quelque chose de plus large sur la gestion métropolitaine du littoral. Une étude de faisabilité réalisée en 2018 avait examiné l’hypothèse d’un raccordement de l’île au continent. Les documents métropolitains retiennent finalement une remise à niveau sur place, présentée comme la solution la plus fiable, la plus respectueuse du milieu marin et la plus économique. En 2020, l’opération apparaissait déjà dans un contrat métropolitain avec un coût estimatif de 3,1 millions d’euros hors taxes et un engagement visé pour 2023. En 2026, la consultation de travaux est encore en cours. La leçon est assez simple: sur le Frioul, la crédibilité du service public ne se joue pas dans les discours sur le littoral, mais dans la capacité à livrer enfin les infrastructures de base qui permettent au site de tenir.