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À Fos, la dune de la Gracieuse devient un vrai test de cohabitation entre industrie portuaire et restauration écologique

À Fos-sur-Mer, le port lance une étude sur la dune de la Gracieuse, rempart naturel face à l’érosion, aux usages du site et aux contraintes portuaires.

Dune côtière face au port

Le port de Marseille Fos a lancé le 5 mars un programme de recherche et développement de trois ans sur la flèche de la Gracieuse. Budget : 535 000 euros. Partenaires : le Cerema, le Cerege et Suez. Le but n’est pas de plaquer un remède rapide, mais de comprendre comment ce cordon sableux réagit à la houle, aux courants, aux mouvements de sédiments et aux brèches, puis de définir une restauration capable de tenir au moins cinquante ans.

Ce n’est pas un bout de plage secondaire. Pour le port, la Gracieuse est la première ligne de défense des bassins ouest. Elle protège les terminaux des vagues, freine les intrusions sédimentaires et limite la formation de bancs de sable susceptibles de gêner l’accès des navires. Si elle cède, le problème devient tout de suite maritime, économique et local.

Mais la Gracieuse ne protège pas que des quais. Les documents Natura 2000 décrivent l’anse de Carteau comme une baie peu profonde d’environ 1 000 hectares, fermée par cette flèche sableuse formée par les apports du Rhône. Le secteur sert aussi d’habitat et de zone d’alimentation à des oiseaux littoraux, et les usages balnéaires ou nautiques peuvent les déranger dans un rayon de 10 à 30 kilomètres autour des colonies. C’est là que le dossier devient intéressant : il faut tenir ensemble navigation, activités locales et protection d’un milieu vivant.

Le sujet dépasse largement Fos. En France, près d’un quart des côtes sont touchées par l’érosion, soit environ 920 kilomètres, et 30 km² de terres ont disparu en cinquante ans. La Camargue fait partie des zones de fort recul. La Gracieuse devient donc un cas très concret d’une question nationale : comment protéger durablement un littoral qui reste à la fois exposé, utilisé et écologiquement sensible.

Pour l’instant, le port finance surtout de la connaissance, de la modélisation et une concertation engagée depuis 2023. Ce n’est pas spectaculaire, mais c’est la bonne séquence si l’objectif est d’éviter une réparation provisoire. Le vrai verdict viendra après l’étude : pas sur les intentions, mais sur la capacité à garder ce rempart naturel en état, avec des effets visibles pour la navigation, les usages du golfe de Fos et les équilibres écologiques.