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Yachts à Marseille-Fos: le Sea Index ouvre un nouveau front sur les émissions portuaires

Marseille-Fos rejoint le Sea Index pour noter l’impact des yachts. Un signal écologique réel, mais encore sans objectifs ni avantages détaillés.

Illustration - yacht au port méditerranéen

À Marseille-Fos, le yacht sort enfin de l’angle mort. Le port a annoncé le 17 avril son partenariat avec le Sea Index, un système de notation environnementale déjà présent dans 23 ports et marinas. Le communiqué promet une feuille de route chiffrée pour réduire les émissions liées aux escales de yachts et des incitations pour attirer les navires les mieux classés. Mais rien n’est encore détaillé sur les objectifs, ni sur les avantages concrets. Le vrai changement, pour l’instant, tient donc à ceci: Marseille commence à mesurer et afficher un segment qu’elle traitait surtout jusqu’ici comme une activité de prestige.

Le Sea Index n’est pas une nouvelle obligation. C’est un outil volontaire, créé en 2020 par le Yacht Club de Monaco et Credit Suisse, aujourd’hui dans le groupe UBS, pour les yachts de plus de 24 mètres. Sa certification carbone existe depuis l’origine et 55 yachts ont été certifiés à ce jour. Depuis mars 2026, l’index ajoute un volet qualité de l’air mis au point avec AtmoSud, qui prend en compte les oxydes d’azote et les particules fines. Le sujet ne porte donc plus seulement sur le climat, mais aussi sur l’air respiré au bord du port.

À Marseille, cet élargissement du débat n’a rien d’abstrait. AtmoSud indique que 54 % des émissions d’oxydes d’azote de la ville en 2021 provenaient du transport maritime. Jusqu’ici, la focale publique s’est concentrée sur les ferries et surtout sur les paquebots, parce que ce sont eux que les études locales documentent le mieux et que les mesures les plus visibles ciblent d’abord. En intégrant les yachts à cette logique de notation, Marseille-Fos ouvre donc un deuxième chantier environnemental. C’est cohérent avec la réalité économique du site, qui se présente lui-même comme le premier pôle de réparation navale en Méditerranée, avec une offre dédiée à la grande plaisance et aux méga-yachts.

Reste la question décisive: une bonne note change-t-elle vraiment les comportements? Le Sea Index pousse clairement vers une logique d’incitation. À Monaco, les conditions de marina prévoient déjà des réductions de 5 à 10 % selon la note Sea Index, avec en plus des avantages pour certains navires hybrides. Marseille-Fos s’inscrit dans cette même famille d’outils: transparence, bonus commerciaux, pression de réputation. C’est utile, mais ce n’est pas la même chose qu’une règle obligatoire. Or le durcissement réglementaire, lui, avance déjà ailleurs: depuis le 1er mai 2025, la Méditerranée impose un carburant limité à 0,1 % de soufre, et le règlement européen FuelEU Maritime s’applique depuis le 1er janvier 2025 aux navires de plus de 5 000 tonneaux faisant escale dans les ports européens.

La suite est assez simple à lire. Si Marseille publie vite ses critères, ses objectifs et de vrais avantages pour les yachts les mieux notés, le partenariat pourra peser sur les choix d’escale et sur les pratiques du secteur. Si tout reste flou, il ne changera pas grand-chose. L’intérêt de cette annonce est ailleurs: dans un port où les émissions maritimes empoisonnent déjà le débat public, la grande plaisance n’est plus hors champ.