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Métropole Aix-Marseille-Provence : les premières orientations budgétaires montrent déjà où le mandat va se jouer

La nouvelle majorité métropolitaine entre en fonction avec une contrainte nette : continuer à investir, mais en arbitrant plus durement sur les transports, les déchets et les services.

Illustration - budget et services métropolitains

Métropole Aix-Marseille-Provence : les premières orientations budgétaires montrent déjà où le mandat va se jouer

Le 16 avril, la Métropole n’a pas seulement complété sa gouvernance avec 11 conseillers délégués. Elle a surtout admis qu’avant de relancer de nouvelles promesses, il fallait d’abord équilibrer la suite. Le message officiel est net : la situation financière est “particulièrement contrainte”, le budget 2026 aura besoin d’un financement à court terme, et tous les leviers restent ouverts, fiscaux, tarifaires ou fondés sur des économies. Le mandat Isnard commence donc par un tri, pas par un catalogue.

Il ne s’agit pas d’une collectivité au bord du gouffre. Le budget primitif 2025 de la Métropole atteint 4,8 milliards d’euros, dont 3,4 milliards en fonctionnement et 1,4 milliard en investissement. Pour le seul budget principal, la section de fonctionnement est fixée à 1,822 milliard d’euros, l’investissement à 706,5 millions, avec 400 millions d’euros de crédits de paiement programmés. La dette métropolitaine est estimée à 2,99 milliards d’euros fin 2024, en baisse de 3 % sur un an, et Fitch avait relevé la note de la collectivité à AA-. Le problème n’est donc pas la survie. C’est la marge. Il faut continuer à investir avec moins d’air qu’avant.

Le secteur où la tension saute aux yeux, c’est le transport. Les documents budgétaires de la Métropole prévoient que la contribution du budget principal au budget transports passe de 128 millions d’euros en 2024 à 135 millions en 2025, puis 155 millions en 2026. Dans le même temps, la dette du budget transports est projetée à 841 millions d’euros fin 2024. Et la principale recette du système, le versement mobilité payé par les employeurs, finance déjà 53 % des recettes réelles de fonctionnement de ce budget, avec un taux bloqué à 2 %, le plafond légal sur le territoire. Ce n’est pas un cas isolé : la Cour des comptes rappelle qu’en France les recettes tarifaires ne couvraient que 41 % des dépenses de fonctionnement des réseaux urbains en 2019. Pour les habitants, la traduction est simple : le premier vrai test du mandat se verra dans la fréquence, l’extension de l’offre et le rythme des projets, pas dans les discours.

Les déchets racontent la même histoire, version moins glamour mais tout aussi concrète. Le budget annexe de prévention et gestion des déchets prévoyait déjà 458 millions d’euros de dépenses réelles en 2024, dont 317 millions de charges courantes, soit 61 % du total. La Métropole précise que 40 % de ce poste vont au traitement des déchets, directement frappé par la hausse de la taxe générale sur les activités polluantes. Elle ajoute que le renouvellement de certains marchés de points d’apport volontaire pourrait faire bondir les coûts d’environ 180 % à Marseille. En parallèle, la collecte séparée des biodéchets se déploie depuis 2024 à Marseille puis dans les communes périphériques en 2025, avec des coûts immédiats et des gains attendus plus tard. Là aussi, la question est très concrète : peut-on améliorer la propreté et le tri sans dégrader le service ni alourdir la facture ?

C’est pour cela que la gouvernance compte autant que les chiffres. Nicolas Isnard a été élu le 7 avril avec 199 voix sur 237 suffrages exprimés, avec 20 vice-présidents dans la foulée. Le 16 avril, 11 conseillers délégués sont venus compléter l’exécutif. La séquence politique est donc installée. Reste le plus dur : transformer cette machine en décisions lisibles. La nouvelle majorité sera jugée très vite sur des choses ordinaires et visibles, les bus qui suivent ou non, les déchets qui s’accumulent ou non, les chantiers qui avancent ou non. C’est là que commencent vraiment les orientations budgétaires.