Viaduc de Martigues: trois nuits qui rappellent la fragilité des accès à l’ouest de l’étang de Berre
Les nuits des 21, 22 et 23 avril, entre 21 h et 6 h, deux voies seront neutralisées sur le viaduc de Martigues, sur l’A55 dans le sens Marseille vers Fos-sur-Mer. Le motif annoncé est une série d’investigations sur la structure du viaduc. Cela ne ressemble pas à un grand choc de circulation. Pour les salariés en horaires décalés, les transporteurs et tous ceux qui filent vers Fos, Port-de-Bouc ou Martigues en soirée, cela suffit pourtant à compliquer les trajets.
Ce chantier n’arrive pas de nulle part. En février, la Direction interdépartementale des routes avait déjà fermé deux voies au même endroit et dans le même sens pour prolonger ses investigations sur l’ouvrage. Dans son rapport d’activité 2024, elle explique aussi avoir achevé en octobre 2024 la remise en état de la protection anti-corrosion et la réparation de fissures du tablier métallique, avec une dernière phase prévue d’ici environ trois ans pour rigidifier le platelage et limiter les fissures de fatigue. L’ensemble de la réhabilitation est financé par l’État à hauteur de 40 millions d’euros.
Si le sujet compte, c’est parce que ce viaduc reste un passage clé. Construit entre 1969 et 1972, il relie Marseille au golfe de Fos ainsi qu’aux sites industriels de Port-de-Bouc, Lavéra, La Mède et Martigues, avec un trafic d’environ 80 000 véhicules par jour. Autour de Marseille-Fos, le cluster industrialo-portuaire représente 42 600 emplois salariés dans les Bouches-du-Rhône. Le port a traité en 2025 environ 1,45 million de conteneurs, 6,8 millions de tonnes de vracs solides et 47,6 millions de tonnes de vracs liquides. Et pour les conteneurs, la route pèse encore 79 % des acheminements. Quand ce point de passage se resserre, même la nuit, ce n’est donc pas un simple contretemps local.
La leçon n’est pas qu’il faudrait renoncer à entretenir l’ouvrage. C’est l’inverse. Ces travaux sont nécessaires, et mieux vaut intervenir avant la panne majeure. Mais ces trois nuits montrent aussi une réalité très simple: à l’ouest de l’étang de Berre, quelques infrastructures suffisent encore à ralentir un territoire entier. Pour les usagers, le bon réflexe est d’anticiper. Pour les pouvoirs publics, le sujet reste le même: sécuriser ces axes et desserrer, enfin, la dépendance à quelques passages obligés.