Le chancre coloré devient un dossier métropolitain à part entière. L’accord-cadre lancé par Aix-Marseille-Provence couvre l’ensemble des 92 communes et organise une surveillance suivie des platanes de voirie et d’espaces publics. Le marché est prévu pour un an, renouvelable jusqu’à quatre ans, avec un minimum annuel de 30 000 euros hors taxes et un plafond de 120 000 euros. Le cahier technique prévoit des visites une fois par an dans les secteurs sains, deux fois par an dans les secteurs contaminés, des prélèvements envoyés en laboratoire agréé et le signalement immédiat de tout nouveau foyer.
Cette vigilance a une raison simple. Le chancre coloré, causé par le champignon Ceratocystis platani, ne dispose d’aucun traitement curatif reconnu à ce jour. La réglementation impose donc surtout de repérer tôt, contenir vite et éviter la dissémination par les outils, les engins ou les travaux à proximité des arbres. En stratégie d’éradication, la zone infestée part d’un rayon de 35 mètres autour du foyer et peut être étendue à 50 mètres. Après confirmation officielle, l’abattage, le dessouchage ou la dévitalisation des souches, puis l’incinération des platanes présents dans la zone infestée, doivent intervenir dans un délai de deux mois.
Dans les Bouches-du-Rhône, on ne parle pas d’un risque abstrait. À Aix-en-Provence, la ville a programmé en 2025 l’abattage de 12 platanes contaminés sur cinq sites, dont quatre sur le cours Mirabeau. Sur les berges de l’Arc, l’établissement Menelik a mené en 2023 et 2024 une opération portant sur 170 platanes malades à Aix et Ventabren. À Arles, sept platanes contaminés ont été coupés en 2023 pour 21 000 euros hors taxes. Le diagnostic est donc seulement la première marche. Ensuite viennent les coupes, la gestion sanitaire des souches, les contraintes de circulation et la replantation.
Le sujet touche aussi au confort d’été. Dans une métropole où la chaleur frappe tôt et fort, perdre des platanes, c’est perdre de l’ombre tout de suite et la retrouver lentement. L’Agence de la transition écologique estime que les arbres d’ombrage peuvent faire baisser localement la température urbaine de 3 à 5 °C. Marseille met d’ailleurs en avant 100 000 arbres, arbrisseaux et plants forestiers déjà plantés et un objectif de 308 000 d’ici 2029. À Aix, les platanes ne représentent que 19 % du patrimoine arboré global, mais ils restent majoritaires dans le centre et le long des boulevards. Quand cette essence recule, l’effet se voit vite sur les rues les plus exposées.
L’autre leçon est budgétaire et très concrète. Le chancre coloré ne change pas seulement le travail des jardiniers, il durcit aussi les règles de chantier, de nettoyage des outils et de transport des déchets végétaux. Le précédent du canal du Midi montre ce que coûte une maladie laissée s’étendre dans un paysage structuré par le platane : Voies navigables de France y comptait en janvier 2026 déjà 33 350 platanes abattus sur 42 000. La métropole n’en est pas là. Justement, ce marché sert à éviter que la facture financière, paysagère et climatique ne grimpe d’un seul coup.