Qui tient vraiment la ligne avant l’été dans les Bouches-du-Rhône
Dans les Bouches-du-Rhône, la lutte contre le feu commence bien avant les premières colonnes de fumée. Le Département dit mobiliser plus de 150 forestiers-sapeurs répartis en six unités, appuyés l’été par 32 vigies pour couvrir 180 000 hectares de massifs. Leur rôle est simple à résumer: arriver vite, garder les accès ouverts, casser la continuité de la végétation et empêcher un départ de feu de prendre de la vitesse. Dans les Alpilles comme autour de Peynier, cela veut dire rouvrir les pistes de défense de la forêt contre l’incendie, entretenir les pare-feu, vérifier les citernes, la signalétique et débroussailler là où quelques mètres mal tenus peuvent faire perdre un temps précieux aux secours.
Ce travail de prévention compte parce que le risque est vaste et très concret. La préfecture rappelle qu’il concerne 110 communes sur 119 et 46 % de la surface du département. Le point sensible, ce sont les interfaces entre habitat et forêt, là où maisons, routes et végétation se touchent. C’est aussi là que se concentrent beaucoup de départs de feu. À l’échelle nationale, l’État rappelle que 9 feux sur 10 sont d’origine humaine et qu’une majorité se déclenchent à moins de 50 mètres des habitations. Le feu n’est donc pas seulement une affaire de massif. C’est aussi une affaire de voisinage, d’accès, d’entretien et d’usage quotidien du territoire.
C’est pour cela que les forestiers-sapeurs ne peuvent pas tout faire seuls. Dans les zones exposées, le débroussaillement autour des habitations est une obligation légale. Dans les Bouches-du-Rhône, il doit être réalisé selon l’arrêté préfectoral du 15 octobre 2025. Et depuis le 1er janvier 2025, vendeurs et bailleurs doivent signaler cette obligation aux acheteurs et aux locataires dès l’annonce immobilière puis dans l’état des risques. Le sujet sort donc largement du seul champ des secours. Il touche aussi l’immobilier, la responsabilité des propriétaires et la manière d’habiter au bord des massifs.
La bonne lecture du sujet est celle-ci: ces équipes gagnent du temps là où le temps décide de tout. Elles rendent le terrain praticable, ralentissent la propagation et donnent une chance réelle à l’intervention rapide. Mais ce levier ne tient que si le reste suit. Quand le risque devient très sévère ou extrême, certains travaux sont stoppés et les restrictions se durcissent. Dans les Bouches-du-Rhône, le feu n’arrive pas sur un terrain neutre. Soit il trouve des pistes ouvertes, des abords entretenus et des habitants préparés. Soit il trouve l’inverse.