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Défaillances d’entreprises: le signal du jour dans les Bouches-du-Rhône

Une série de procédures collectives éclaire les fragilités des petites entreprises dans les Bouches-du-Rhône, malgré un département qui continue à beaucoup créer.

Illustration - petites entreprises sous tension

Défaillances d’entreprises: le signal du jour dans les Bouches-du-Rhône

La série publiée le 14 avril au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales vaut mieux qu’un relevé sec de formalités. Entre Scootloc à Marseille, Sapore di Capri aux Pennes-Mirabeau, Kware à Aix-en-Provence, Temar Construction à Marseille, Assistance Conseils Maçonnerie à Port-de-Bouc et Salyla à Martigues, elle montre où la pression s’exerce dans l’économie du quotidien: petites structures, secteurs exposés, trésoreries fragiles, marges courtes. Ce ne sont pas de grands groupes qui vacillent. Ce sont des entreprises ordinaires, celles qui font tourner une rue commerçante, un chantier, un service local.

Il faut toutefois lire ce signal correctement. Les Bouches-du-Rhône ne sont pas dans un effondrement généralisé. Sur les douze mois allant de février 2025 à janvier 2026, le département a enregistré 2 570 défaillances d’entreprises, soit une baisse de 6,7 %. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur recule elle aussi, à 6 360 défaillances, en baisse de 6,2 %. Mais au niveau national, la tension reste forte: la Banque de France comptait 69 392 défaillances à fin février 2026 sur douze mois, en hausse de 4,6 %. Le département résiste donc mieux que l’ensemble du pays, sans être sorti de la zone de risque.

Ce qui rend la série du jour parlante, c’est qu’elle touche précisément des activités sous pression. Au niveau national, les défaillances progressent de 8,8 % dans les transports et l’entreposage, de 7,6 % dans l’hébergement-restauration et de 9,9 % dans les services aux entreprises. Cela recoupe bien la structure locale. Les Bouches-du-Rhône restent un département très créateur d’entreprises: 44 320 créations en 2025, en hausse de 6,1 %. Déjà en 2024, le commerce, le transport, l’hébergement et la restauration représentaient 11 830 créations dans le département, contre 10 373 pour les services spécialisés et de soutien, et 3 750 pour la construction. Le sujet n’est donc pas un manque d’initiative. Le sujet, c’est la difficulté à tenir dans des secteurs où les loyers, les charges, le crédit et les retards de paiement peuvent faire basculer très vite une petite société.

L’autre angle à ne pas rater, c’est l’effet concret sur le territoire. Dans les Bouches-du-Rhône, le taux de chômage s’élevait encore à 9,0 % au quatrième trimestre 2025. Dans le même temps, les offres d’emploi collectées par France Travail reculaient de 16,0 % sur un an. Quand une petite entreprise tombe dans un tel contexte, l’effet ne se limite pas au dirigeant. Il touche aussi les salariés, les sous-traitants, les fournisseurs, parfois un commerce de rue ou une petite zone d’activité entière. Une procédure collective n’est pas seulement un acte juridique. C’est souvent un trou de plus dans un tissu économique déjà tendu.

Le phénomène dépasse d’ailleurs largement le département. Dans l’Union européenne, les déclarations de faillite ont encore augmenté de 2,5 % au quatrième trimestre 2025, tandis que les créations d’entreprises progressaient elles aussi, de 0,5 %. C’est toute la contradiction du moment. On continue à entreprendre, y compris dans les territoires dynamiques, mais une partie de ces entreprises reste trop vulnérable aux à-coups. Les Bouches-du-Rhône sont pleinement dans cette situation: un territoire qui bouge, qui attire, qui crée, mais où beaucoup de petites structures encaissent mal les chocs.

La bonne lecture de la série du jour tient donc en peu de mots. Il ne s’agit ni d’annoncer une crise totale, ni de minimiser le signal. Les Bouches-du-Rhône continuent à produire de l’activité et des créations. Mais derrière cette énergie, la solidité reste inégale. La vraie question n’est pas de savoir si le département sait entreprendre. Il le prouve tous les ans. La vraie question est de savoir combien de petites entreprises peuvent encore absorber une baisse de chiffre d’affaires, un crédit plus cher ou quelques factures payées en retard sans finir au tribunal. C’est là que se mesure la santé réelle du tissu local.