Réemploi, réparation, seconde main: le vrai chantier commence maintenant
La Métropole Aix-Marseille-Provence consacre avril au réemploi, avec une promesse simple: jeter moins en réparant, en donnant ou en achetant d’occasion. Mais le territoire part de loin. En 2022, la Métropole a pris en charge 1 140 442 tonnes de déchets ménagers et assimilés. Les déchèteries à elles seules ont reçu 347 053 tonnes, dont 61 430 sans filière de valorisation. Dans celles qui disposent déjà d’un espace réemploi, la part réellement réemployée ne représentait en moyenne que 1,45 % des tonnages concernés. La stratégie métropolitaine 2024-2030 vise à éviter environ 13 000 tonnes par an d’ici 2030. On n’est pas dans le petit geste symbolique. On parle de volumes, de coûts et de capacité locale.
C’est là que le sujet dépasse largement la campagne du mois. La Métropole veut équiper 95 % de ses 58 déchèteries avec un espace réemploi ou une donnerie d’ici 2030, soit 55 sites, et mettre en service trois ressourceries métropolitaines. Son propre scénario chiffre l’impact à 500 tonnes réemployées par an et par ressourcerie, avec 20 emplois par site. Le réemploi, ce n’est donc pas seulement du tri mieux présenté. C’est un réseau local d’emplois, de collecte, de remise en état et de revente. Si ce maillage avance vraiment, il peut réduire ce qui part en benne tout en rendant l’occasion plus visible et plus accessible.
Le textile montre bien l’ampleur du retard. En 2022, les habitants de la Métropole disposaient d’environ 831 points de collecte et 4 295 tonnes de textiles, linge de maison et chaussures ont été récupérées, soit 2,26 kilos par habitant. La trajectoire affichée est d’une autre taille: 14 000 tonnes par an à terme, soit 7,32 kilos par habitant, avec 5 300 tonnes de textiles réemployés en 2030. L’écart est énorme. Et il ne concerne pas que Marseille ou Aix. À l’échelle française, 12,2 kilos de textiles par habitant ont été mis sur le marché en 2022, mais seulement 3,9 kilos par habitant ont été triés. Tant qu’une vieille veste finit plus souvent dans la poubelle ordinaire que dans une borne textile, le système reste trop petit pour le besoin.
Ce décalage explique pourquoi les règles bougent. Le bonus réparation permet déjà une réduction immédiate chez des réparateurs labellisés, y compris pour le textile et les chaussures. Et l’Europe pousse plus loin: depuis 2025, les États membres doivent organiser une collecte séparée des textiles, tandis que la nouvelle règle européenne sur la réparation doit s’appliquer à partir du 31 juillet 2026. Pour les habitants, la question est donc assez simple: devient-il enfin facile, près de chez soi, de faire réparer, de déposer, de donner et d’acheter d’occasion ? Si la réponse devient oui, avril aura servi à quelque chose. Sinon, ce sera resté une campagne de plus.