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Croisières branchées à quai à Marseille: ce que l’électrification du port peut vraiment changer

Le port de Marseille peut désormais brancher trois paquebots à quai. Une avancée concrète contre les nuisances locales, sans régler à elle seule la question des croisières.

Paquebot branché au port

Marseille a enfin mis en service quelque chose de concret dans un débat saturé de promesses. Le port peut désormais connecter simultanément trois grands navires de croisière au réseau électrique. Pendant l’escale, ces paquebots peuvent couper totalement leurs moteurs thermiques. Pour les quartiers proches du port, l’enjeu est immédiat: moins de fumées, moins de vibrations, moins de bruit.

Ce n’est pas un détail. À Marseille, le trafic maritime représentait 54 % des émissions d’oxydes d’azote en 2021, selon AtmoSud. Dans le même temps, Marseille-Fos reste le premier port de croisière de France et le quatrième de Méditerranée, avec plus de 4 millions de passagers en 2025, dont 2,6 millions de croisiéristes. Le branchement à quai ne règle donc pas “la” question croisière. Il attaque un morceau précis du problème: la pollution du navire immobilisé au bord de la ville.

Le sujet dépasse d’ailleurs Marseille. L’Europe a déjà fixé la suite. D’ici au 31 décembre 2029, les grands ports du réseau central européen devront pouvoir fournir de l’électricité à quai à 90 % des navires concernés qui en font la demande. Sur la façade méditerranéenne française, Marseille-Fos est le seul port de ce réseau central. Et à partir du 1er janvier 2030, les navires à passagers et les porte-conteneurs à quai dans ces ports devront utiliser cette alimentation électrique, ou une autre technologie zéro émission. Marseille ne sort donc pas du jeu. Il prend de l’avance dans une obligation qui va rattraper les autres.

Derrière l’image propre, il y a aussi un sujet industriel et budgétaire. Le ministère des Transports dit que l’État a porté près de la moitié des investissements publics du projet. La transition du maritime se jouera aussi là: dans les réseaux électriques, la puissance disponible, les raccordements et les choix d’investissement. Pas seulement dans les discours sur le tourisme durable.

Le vrai test n’est plus l’inauguration. C’est l’usage. Si ce branchement devient une routine, Marseille peut faire baisser une part très visible de la pollution portuaire sans attendre une révolution complète du secteur. S’il reste réservé à quelques escales vitrines, le port aura surtout acheté un argument.