Article

Avant l’été, les Bouches-du-Rhône investissent pour gagner des minutes contre le feu

Équipements, pistes, citernes, débroussaillement: comment les Bouches-du-Rhône préparent la saison des incendies avant les premiers grands feux.

Illustration - massif méditerranéen sous surveillance

;

Dans les Bouches-du-Rhône, la saison des feux commence bien avant les flammes. Le marché publié le 10 avril sur des équipements de défense de la forêt contre l’incendie rappelle une réalité simple: ici, la protection des massifs se joue d’abord dans les pistes, les citernes, les barrières, le débroussaillement et les points d’eau. C’est moins spectaculaire qu’un avion bombardier d’eau. C’est souvent plus décisif. Le Département et la Métropole décrivent eux-mêmes un dispositif fondé sur l’entretien des accès, la remise aux normes des équipements et la capacité à intervenir vite sur un feu naissant.

Le risque est massif. La préfecture rappelle qu’il touche 110 des 119 communes du département et 46 % de sa surface. Dans son avis sur le plan départemental 2023-2032, l’autorité environnementale ajoute que 40 % du territoire présente un niveau de danger fort à exceptionnel. Elle estime aussi à près de 230 000 le nombre d’habitants exposés à un danger subi fort à exceptionnel, auxquels s’ajoutent plus de 116 000 personnes exposées à un danger induit fort à exceptionnel. Le sujet ne concerne donc pas seulement les collines. Il concerne aussi des quartiers, des routes, des réseaux d’eau et des zones d’activité.

La prévention coûte, mais elle coûte moins qu’un été perdu. Les documents du Département chiffrent à 2,5 millions d’euros par an sa part d’investissement dans la protection des massifs, auxquels s’ajoutent 4 millions d’euros côté Métropole. Sur le terrain, plus de 150 forestiers-sapeurs travaillent toute l’année. Le Département affirme qu’ils rejoignent un départ de feu en environ six minutes et qu’ils permettent d’éteindre autour de 80 % des incendies naissants. Dit autrement: la bataille se gagne souvent avant que le feu devienne un grand feu.

Le bilan 2025 des Pompiers13 montre pourquoi ces minutes comptent. Entre le 1er juin et le 31 août, ils ont traité 481 feux d’espaces naturels, dont 162 feux de forêt, pour plus de 1 095 hectares brûlés. Le 8 juillet, 40 départs de feu ont été recensés en vingt-quatre heures. Le 16 juillet, il y en a eu 32. Le 17 juillet, 31. Aux Pennes-Mirabeau et à Marseille, à Martigues ou au Rove, la question n’était plus théorique. Quand les départs se multiplient dans la même journée, une piste praticable ou une citerne opérationnelle cessent d’être un détail technique.

Le fond du problème est là: le risque n’est plus seulement forestier, il est devenu résidentiel. En France, 9 feux sur 10 sont d’origine humaine. Le gouvernement rappelle aussi que près de 90 départements ont été touchés par un feu de forêt ou de végétation en 2022, signe que le risque déborde largement la seule Méditerranée. Dans les zones exposées, les propriétaires doivent débroussailler autour de leur bien. Depuis le 1er janvier 2025, acheteurs et locataires doivent être informés de cette obligation à chaque étape de la vente ou de la location. Le feu entre donc désormais dans la vie ordinaire des ménages, du jardin au bail en passant par l’annonce immobilière.

Cela oblige à regarder la prévention autrement. Dans les Bouches-du-Rhône, elle passe aussi par l’usage du sol. Le fonds départemental créé pour reconquérir des terres en friche a permis, selon le Département, de récupérer 105 hectares depuis 2018 pour créer des coupures agricoles. L’idée est simple: un territoire entretenu, cultivé, pâturé et accessible brûle moins vite qu’un territoire abandonné. C’est pour cela que le marché lancé cette semaine compte. Il ne paie pas seulement du matériel. Il finance du temps, de l’accès, de l’eau et de la marge de manœuvre. En matière d’incendie, c’est souvent ce qui fait la différence entre un départ de feu et un désastre.