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Nicolas Isnard à la tête de la Métropole: ce qui peut vraiment changer dans les Bouches-du-Rhône

Nouvelle présidence, transports, compétences de proximité, finances: les premiers tests qui attendent la Métropole Aix-Marseille-Provence.

Illustration - carte métropolitaine stylisée

Nicolas Isnard ne prend pas la tête d’une institution secondaire. Il prend la main sur l’échelon qui décide d’une part décisive des transports, des déchets, de l’eau, de l’assainissement, de l’urbanisme, du logement et du développement économique. La Métropole Aix-Marseille-Provence couvre 92 communes sur 3 148 km² et rassemble plus de 1,9 million d’habitants. C’est la plus vaste métropole de France. Quand elle bloque, cela se paie en temps perdu, en services illisibles et en investissements retardés.

Le premier changement est politique. Nicolas Isnard a été élu le 7 avril avec 199 voix sur 237 suffrages exprimés. Dans le nouvel exécutif, Marseille récupère cinq vice-présidences. Le nouveau président promet une gouvernance moins conflictuelle, plus transpartisane, et dit vouloir renvoyer vers les communes qui le souhaitent une partie des compétences de proximité, tout en installant des “Maisons de la Métropole” dans les territoires. Sur le papier, ce n’est pas du vent. Mais la question n’est pas juridique. Elle est opérationnelle. Qui fait quoi, avec quels agents, quel argent et quelle responsabilité. C’est là que cette présidence sera jugée.

Le premier dossier-test sera les transports. Parce que le territoire vit largement sur lui-même: la très grande majorité des actifs qui habitent dans la métropole y travaillent aussi. Dans un ensemble aussi vaste, mal relier Marseille, Aix, Aubagne, Salon, Martigues ou l’étang de Berre revient à prélever chaque jour un impôt en heures perdues sur les salariés, les étudiants et les entreprises. Cela vaut pour les trains, les bus, les routes, les correspondances, les zones d’activité, les accès aux gares et aux grands équipements. Si la nouvelle mandature veut prouver qu’elle change quelque chose, c’est là qu’elle devra être attendue en premier.

Le deuxième test sera plus banal en apparence, donc plus dangereux: déchets, voirie, eaux pluviales, tout ce qui empoisonne la vie quotidienne quand personne ne sait plus qui répond. Depuis sa création, la Métropole souffre d’un défaut majeur: une répartition des compétences peu lisible pour les habitants. Le sujet ne s’est pas évaporé. Il se durcit même avec l’harmonisation de la taxe d’enlèvement des ordures ménagères à l’échelle du territoire. Autrement dit, la nouvelle équipe n’aura pas seulement à mieux parler de proximité. Elle devra la rendre compréhensible et finançable.

Le troisième test, c’est l’argent. La Métropole pèse près de 5 milliards d’euros de budget. Pourtant, son nouveau vice-président aux finances dit déjà devoir trouver 60 millions d’euros sans hausse d’impôts. Ce n’est pas un accident local. Partout en France, les grandes collectivités entrent dans une phase plus rude, avec davantage de pression sur leurs dépenses et moins de marge pour promettre tout à tout le monde. La conséquence est simple: chaque engagement sur les transports, la propreté, l’eau ou l’aménagement devra survivre à une contrainte budgétaire plus dure que pendant le mandat précédent.

Aix-Marseille n’a pas besoin d’une présidence plus élégante. Elle a besoin d’une Métropole plus claire et plus efficace. Les tests sont déjà là: transports, compétences de proximité, finances. Si Nicolas Isnard avance sur ces trois fronts, sa victoire marquera un tournant. Sinon, ce changement de mandature restera un changement d’ambiance, pas un changement de cap.