
Quatre placements en détention provisoire, quinze procédures classées sans suite. Deux jours après les violences et les pillages du samedi 17 octobre à Nice, la justice commence à distinguer les dossiers pouvant donner lieu à des poursuites de ceux dont les preuves sont insuffisantes. Selon le bilan communiqué dimanche 18 octobre au soir par le procureur Damien Martinelli, 83 personnes, dont 38 mineurs, ont été placées en garde à vue. Quarante gardes à vue ont été prolongées et de nouvelles comparutions étaient annoncées pour ce lundi 19 octobre.
Ces procédures font suite aux dégradations et pillages survenus dans le centre de Nice. Une douzaine de commerces ont été touchés, notamment avenue Jean-Médecin. Des abribus, des arrêts de tramway et des véhicules municipaux ont également été endommagés. Une dizaine de manifestants ont été blessés samedi. La Ville de Nice avance une première estimation d’environ 400 000 euros pour les dégâts causés aux équipements publics, sans chiffrer les pertes des commerces pillés.
Les violences se sont poursuivies dimanche soir avenue Jean-Médecin, avec de nouveaux affrontements et une interruption de la ligne 1 du tramway. Selon un bilan rapporté lundi matin par Nice-Matin, ces échauffourées ont donné lieu à 28 interpellations, dont 25 placements en garde à vue. Ces chiffres sont distincts du bilan judiciaire établi dimanche pour les événements de samedi.
Les enquêteurs doivent désormais déterminer les faits imputables à chaque personne interpellée.
Des poursuites pour dégradations, vols et violences
Dimanche, sept majeurs ont été présentés à la justice. Le parquet avait demandé leur placement en détention provisoire. Quatre placements étaient confirmés au moment de son communiqué.
Parmi ces quatre personnes figure un homme né en 1988, poursuivi pour dégradation par un moyen dangereux pour les personnes. Trois autres, nées en 2007 et 2008, sont notamment poursuivies pour des faits d’attroupement, de vol ou de recel aggravé et de dégradations.
Les qualifications retenues ne concernent donc pas uniquement les affrontements avec les forces de l’ordre. Elles portent aussi sur les vols commis dans les commerces et les destructions de biens.
Les décisions concernant les trois autres majeurs déférés dimanche n’étaient pas encore établies dans le bilan du parquet. Les quatre détentions provisoires ne constituent pas des condamnations : elles permettent de maintenir les personnes concernées en détention avant leur jugement.
À l’inverse, quinze procédures ont été classées sans suite. Le procureur indique que les preuves recueillies ne permettaient pas d’établir suffisamment les infractions reprochées.
Le communiqué ne détaille pas les raisons propres à chacun de ces classements. Il ne permet donc pas de savoir si les difficultés portaient sur l’identification des auteurs, la matérialité des actes ou d’autres éléments nécessaires aux poursuites.
Dans une enquête sur des violences collectives, les dégradations peuvent être établies sans que la responsabilité de chaque personne interpellée le soit.
Trente-huit mineurs et des enquêtes toujours ouvertes
Sur les 83 personnes placées en garde à vue samedi, 38 sont mineures.
Cinq mineurs ont été présentés au juge des enfants. Inconnus de la justice, ils ont fait l’objet de demandes de mesures éducatives. Cinq autres dossiers ont été transmis au parquet de Grasse, compétent en raison du domicile des intéressés. Les présentations devant les magistrats se poursuivaient dimanche soir.
Les investigations continuent également. Parmi les quarante gardes à vue prolongées, plusieurs devaient conduire à de nouveaux défèrements. Une dizaine de majeurs devaient être présentés en comparution immédiate lundi matin devant le tribunal correctionnel de Nice.
Le parquet avait par ailleurs signalé quinze nouvelles interpellations dimanche après-midi, suivies de placements en garde à vue. Elles concernent notamment des soupçons de recel de vol aggravé, de violences aggravées et de participation à un attroupement. Ces interpellations ne sont pas les quinze classements sans suite annoncés le même jour. Leur éventuel recoupement avec le bilan rapporté lundi matin n’est pas précisé.
Enfin, certaines dégradations ou violences n’ont encore donné lieu à aucune interpellation. Les enquêteurs doivent notamment exploiter les images de vidéoprotection pour identifier d’autres auteurs présumés.
Les premières audiences du 19 octobre doivent préciser les faits reprochés aux prévenus et les éléments retenus contre eux. Aucune nouvelle décision issue de ces audiences n’avait pu être vérifiée au moment de la publication. Pour les commerces pillés et les équipements publics endommagés dans le centre de Nice, une partie des responsabilités reste donc à établir devant la justice.
Sources consultées
- Les Petites AffichesÀ Nice, 83 personnes interpellées après les manifestations du 17 octobre, plusieurs placements en détention
- Nice-MatinMaintien de l’ordre à Nice : 28 interpellations et 25 gardes à vue à la suite d’échauffourées ce dimanche
- Nice-MatinGroupes de jeunes cagoulés et casqués, tirs de mortiers, ligne 1 du tramway coupée… De nouvelles tensions en cours ce dimanche soir dans le centre-ville de Nice
- Nice-Matin« 400 000 euros de dégâts » : Feux tricolores endommagés, arrêts de tramway détruits, véhicules dégradés… le lourd bilan matériel au lendemain des violences urbaines à Nice
- Le MondeEN DIRECT, manifestations du 17 octobre : le gouvernement annonce 550 000 manifestants, les organisateurs, 800 000 ; environ 400 interpellations