
Sur l’alpage de la Valette, au-dessus de Belvédère, 85 brebis ont porté à partir de juillet 2025 des colliers capables d’émettre des flashs lumineux et des ultrasons pour effrayer les loups. Le premier bilan du projet MERCAL, publié en février 2026, ne montre aucune diminution des attaques ni du nombre total de victimes. Et une défaillance technique a empêché les chercheurs de répondre à une question essentielle : les alarmes se sont-elles déclenchées au passage des prédateurs ?
L’expérimentation, conduite par le Parc national du Mercantour, se poursuit en 2026. Elle met à l’épreuve une technologie déjà commercialisée, sur un terrain où protéger les troupeaux demande bien davantage qu’une alarme.
1 455 brebis, huit chiens et des loups bien présents
À quelque 2 000 mètres d’altitude, la Valette s’étend sur 1 093 hectares de pâturages, de forêts et de reliefs escarpés. Cinq éleveurs y réunissent jusqu’à 1 455 brebis, surveillées par un berger expérimenté, huit chiens de protection et des parcs nocturnes électrifiés.
Les loups connaissent les lieux. En 2025, les pièges photographiques ont enregistré 173 vidéos de loups, réparties sur 84 jours. Les chercheurs estiment qu’au moins quatre individus ont fréquenté l’alpage. Près de 93 % des passages filmés ont eu lieu de nuit.
Les colliers CAL doivent compléter les protections existantes. Leur capteur détecte les accélérations brusques d’une brebis et déclenche une combinaison aléatoire de lumières clignotantes et d’ultrasons. L’objectif est de surprendre le prédateur avant qu’il ne poursuive son attaque.
Le fabricant recommande un collier pour quinze brebis. Les scientifiques avaient prévu cette proportion, mais l’arrivée imprévue d’animaux supplémentaires a porté le ratio à un collier pour dix-sept brebis.
Des attaques plus nombreuses, sans effet protecteur démontré
Sur l’ensemble de l’estive 2025, avant comme après la pose des colliers, la Valette a enregistré 16 constats de prédation, pour 46 brebis tuées ou blessées. Les cinq saisons précédentes avaient totalisé 38 constats et 138 victimes.
Après ajustement à la taille des troupeaux, le taux d’attaques de 2025 est environ deux fois supérieur à sa référence historique, tandis que le taux de victimes augmente d’environ 70 %.
Mais cette comparaison couvre toute l’estive, de juin à octobre, alors que les colliers n’ont été installés que le 13 juillet. Elle ne permet donc pas d’attribuer cette aggravation au dispositif.
Pour isoler son éventuel effet, les scientifiques ont aussi étudié deux alpages voisins, Férisson et la Maïris, où les brebis ne portaient pas de colliers.
À la Valette, le nombre moyen de victimes par attaque a diminué. Cette amélioration apparaît toutefois également sur les sites témoins. Elle ne peut donc être attribuée aux alarmes. Le départ anticipé d’un troupeau voisin en octobre a également pu déplacer une partie de la pression de prédation vers la Valette.
Une alarme qui se déclenche, mais quand ?
Sur les 85 colliers installés, cinq manquaient à la fin de l’estive et cinq autres ne fonctionnaient pas lors des vérifications. Surtout, les horloges des colliers présentaient des décalages imprévisibles de trois à sept heures, impossibles à corriger.
Les appareils ont enregistré en moyenne trois déclenchements quotidiens par brebis équipée, mais leurs heures étaient inexploitables. Impossible, dès lors, de rapprocher précisément ces alertes des passages de loups ou des attaques constatées.
Les chercheurs ont dû remplacer cette analyse par une étude de l’agitation des animaux à l’échelle de la journée. Elle n’a révélé aucun effet protecteur mesurable. Or un collier conçu pour agir en quelques secondes peut difficilement être évalué à partir de données aussi espacées.
Chez les chiens de protection, la vigilance a augmenté immédiatement après la pose des colliers, avant un retour progressif à leurs comportements habituels. Aucune perturbation durable de leur travail ni de la cohésion du troupeau n’a été établie.
En 2026, des mesures plus précises
Pour la campagne 2026, le programme MERCAL prévoit un suivi comportemental renforcé, avec des spécialistes du CNRS, des observations plus régulières et une meilleure datation des déclenchements. Des analyses génétiques doivent également aider à identifier les loups fréquentant l’alpage d’une année à l’autre et à étudier leur éventuelle habituation aux signaux.
Le premier essai n’a pas démontré l’efficacité des colliers, sans établir pour autant leur inefficacité générale. Sur les hauteurs de Belvédère, les chercheurs doivent maintenant combler la principale lacune de 2025 : pouvoir rapprocher les heures de déclenchement des alarmes, les passages de loups détectés et les constats de prédation.