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Menton : une aide-soignante déjà condamnée pour vol, soupçonnée d’avoir drogué des résidentes

À Menton, une aide-soignante soupçonnée d’avoir drogué des résidentes pour voler leurs bijoux avait déjà été condamnée. Un décès survenu en juillet fait aussi l’objet d’investigations.

Illustration - Couloir d'un Ehpad

Une aide-soignante de 53 ans a été mise en examen le 10 octobre et placée en détention provisoire, soupçonnée d’avoir administré des médicaments à des résidentes d’Ehpad du pays mentonnais pour voler leurs bijoux. Le parquet de Nice a révélé l’affaire mercredi 14 octobre. Les enquêteurs examinent également le décès d’une pensionnaire dans un autre établissement, survenu fin juillet.

La professionnelle avait déjà été condamnée en 2019 pour des vols commis au préjudice de personnes âgées. La justice lui avait alors interdit d’exercer pendant deux ans. Sept ans après cette condamnation, elle travaillait de nouveau auprès de résidents vulnérables. Or, une interdiction professionnelle prononcée par un tribunal n’est pas le seul obstacle légal possible à un retour en Ehpad.

Des somnolences inexpliquées et des bijoux disparus

L’enquête débute fin septembre, lorsqu’une résidente d’un Ehpad de la région de Menton est hospitalisée dans un état de somnolence inhabituel. Les analyses révèlent la présence d’un médicament qui ne figure pas dans son traitement.

Le même jour, une autre pensionnaire présente des symptômes similaires. Le lendemain, des bijoux manquent à l’appel.

Les soupçons se portent sur une aide-soignante vacataire intervenant dans l’établissement. Interpellée le 8 octobre, elle fait l’objet d’une perquisition à son domicile. Les gendarmes y trouvent des bijoux et des produits suspectés d’avoir été administrés aux résidentes, selon le communiqué du procureur de Nice, Damien Martinelli, rapporté par l’AFP.

En garde à vue, la suspecte reconnaît avoir administré des substances et commis des vols, d’après le parquet. Elle explique notamment ses actes par le besoin de financer sa consommation de stupéfiants, tout en contestant toute volonté homicide.

Les investigations conduisent les gendarmes vers un autre Ehpad où elle avait travaillé. Une résidente y est décédée fin juillet 2026. Le lien éventuel entre cette mort et les agissements présumés de l’aide-soignante n’est pas établi.

Le nombre total de victimes potentielles demeure inconnu. Une source proche de l’enquête évoque auprès de l’AFP la possibilité de nombreuses autres victimes, sans avancer de bilan confirmé.

La fin d’une interdiction de deux ans ne suffit pas toujours à retrouver le droit d’exercer

La condamnation de 2019 pose une question distincte des accusations actuelles.

L’article L. 133-6 du Code de l’action sociale et des familles prévoit une incapacité professionnelle pour les personnes définitivement condamnées pour certaines infractions, dont le vol. Cette règle concerne les établissements accueillant des personnes âgées et s’applique aussi aux interventions occasionnelles, comme les vacations.

Le dispositif est distinct de l’interdiction temporaire prononcée par un tribunal. L’expiration d’une interdiction de deux ans ne fait donc pas automatiquement disparaître toute incapacité d’exercice.

La loi prévoit un contrôle des antécédents, notamment par le bulletin n° 2 du casier judiciaire, avant la prise de fonctions et régulièrement par la suite. Ce contrôle relève de l’administration compétente, qui peut délivrer une attestation destinée à l’employeur.

Encore faut-il connaître la situation exacte de la condamnation : figurait-elle toujours au casier judiciaire ? Avait-elle été effacée, ou une juridiction avait-elle relevé l’intéressée de son incapacité d’exercice ?

Dans cette affaire, ni les détails du jugement de 2019 ni les vérifications réalisées avant les vacations de l’aide-soignante ne sont connus publiquement. Il est donc impossible de déterminer aujourd’hui si elle était juridiquement empêchée d’exercer en 2026 ou si une obligation de contrôle a été méconnue.

Le décès de juillet : ce que la justice doit établir

La mise en examen porte notamment sur l’administration de substances nuisibles, des vols aggravés et l’administration de substances nuisibles ayant entraîné la mort sans intention de la donner à une personne vulnérable.

Cette dernière qualification expose, si les faits et les circonstances aggravantes sont établis, à une peine maximale de vingt ans de réclusion criminelle, conformément aux articles 222-8 et 222-15 du Code pénal.

Cette qualification n’implique pas une intention de tuer. Pour la retenir, l’instruction devra notamment établir que la victime a reçu une substance nuisible et que celle-ci a causé sa mort. Les déclarations rapportées de la mise en cause concernant des administrations de médicaments et des vols ne prouvent pas ce lien.

L’enquête devra également reconstituer les interventions de l’aide-soignante dans les différents établissements du pays mentonnais. Son activité de vacataire rend cette chronologie importante : les faits examinés pourraient concerner des résidentes qui n’ont jamais séjourné dans le même Ehpad.

Les enquêteurs doivent encore identifier d’éventuelles autres victimes et déterminer les circonstances du décès de juillet. Une autre question demeure à Menton : dans quelles conditions cette aide-soignante avait-elle repris des vacations auprès de personnes âgées après sa condamnation de 2019 ?

Sources consultées
  1. AFP, reprise par La Dépêche du MidiElle empoisonnait des personnes âgées en Ehpad pour leur voler leurs bijoux et s'acheter de la drogue : une aide-soignante mise en examen après la mort d'une résidente à Menton
  2. Le ParisienUne aide-soignante accro à la cocaïne suspectée de plusieurs empoisonnements
  3. LégifranceArticle L. 133-6 du Code de l'action sociale et des familles
  4. LégifranceArticles 222-7, 222-8 et 222-15 du Code pénal