
À Cannes, une quarantaine d’équipages s’apprêtent à disputer un championnat du monde sur un voilier qui a quitté les Jeux olympiques il y a cinquante ans. Dès le 12 octobre, le Tempest retrouve la baie de Cannes, avec des champions en titre, des passionnés de la Côte d’Azur et le retour annoncé d’un bateau que ses restaurateurs présentent comme une ancienne coque olympique.
Ce petit quillard de 6,68 mètres, dessiné en 1965 par le Britannique Ian Proctor, possède une particularité spectaculaire. Deux marins le manœuvrent : l’un tient la barre, tandis que l’autre peut se suspendre à un trapèze, le corps au-dessus de l’eau, pour équilibrer le bateau sous la poussée du vent.
Sous la coque, une quille lestée représente près de la moitié de ses 482 kg. Elle lui permet de se redresser après une forte inclinaison, tout en conservant les sensations d’un dériveur sportif. Le Tempest peut planer, accélérer vivement sous spinnaker et exige des réglages précis. Ses qualités de navigation continuent de séduire, soixante ans après sa conception.
Des bateaux anciens, toujours dans la course
Le Tempest a disputé les Jeux de Munich en 1972, puis ceux de Montréal en 1976. Sa carrière olympique s’est arrêtée là. Pourtant, ses championnats du monde, organisés depuis 1967, ont continué de réunir des équipages internationaux.
Cette longévité tient aussi à sa jauge : les règles de la classe limitent les modifications qui rendraient les anciens bateaux obsolètes. Les propriétaires ne sont donc pas systématiquement condamnés à remplacer leur coque pour rester compétitifs.
L’association française assure ainsi que des Tempest anciens, correctement entretenus et équipés, peuvent encore rivaliser avec des bateaux plus récents. Les réglages, la lecture du vent et l’entente entre les deux équipiers peuvent compter davantage que l’âge de la coque.
À Cannes, le Tempest a ses habitués. Bruno Ricciardi, vice-président du Yacht Club et ancien champion de France de 420, a découvert ce bateau il y a quelques années. Il apprécie sa robustesse et ses performances, mais aussi le plaisir de retrouver les sensations du trapèze sur un bateau plus stable qu’un dériveur léger. Il est annoncé au départ avec Emmanuel Desfond.
La classe ne se réunit pas seulement pour les grands championnats. Trois sessions d’entraînement hivernal étaient programmées à Cannes entre janvier et mars 2026. À Saint-Raphaël, une manche de l’EuroCup s’est tenue début avril. Patrice Rouanet, président de l’association française, y anime une flotte et figure lui aussi parmi les équipages annoncés pour le mondial.
Des champions du monde face à une coque olympique
Parmi les concurrents attendus figurent les frères allemands Lars et Leif Bähr, champions du monde trois années consécutives, de 2023 à 2025. Côté français, l’ancien vainqueur de la Route du Rhum Marc Pajot est également annoncé, associé à Régis Viateur.
Mais l’une des histoires les plus singulières vient d’Italie. Après plus de trente ans hors de l’eau et dix-huit mois de restauration, le Tempest Ramasoon ambitionne de reprendre la compétition à Cannes.
Le prince Bira, ancien pilote de Formule 1, a bien participé aux épreuves olympiques de Tempest en 1972 sous les couleurs thaïlandaises. L’équipe qui a restauré Ramasoon affirme qu’il s’agissait de cette coque, une identification qui n’a pas pu être confirmée indépendamment.
Remis à l’eau à San Foca, dans les Pouilles, Ramasoon a été préparé pour rejoindre le championnat cannois. Sa présence effective au départ doit encore être confirmée.
Les premières manches sont programmées lundi 12 octobre, au départ du port Palm Beach, à la pointe Croisette. L’équipe de Ramasoon espère y remettre sa coque restaurée au contact des meilleurs Tempest du monde.
Sources consultées
- Fédération française de voileChampionnat du Monde des Tempest, fiche calendrier
- Association française des TempestLe Tempest
- International Tempest Class AssociationRegattas
- Jean-François Cutugno, président du Yacht Club de Cannes, publication sur Yachts & YachtingForty Tempest teams in the running for the World Championship in Cannes
- Ramasoon Sailing Team, publication sur AltoMareBluIl ritorno di Ramasoon: da San Foca al mondiale Tempest 2026 di Cannes
- OlympediaTwo-Person Keelboat (Tempest), Men, Munich 1972