
À 15 h ce mardi, 211 lots de la succession de Monique Couturier vont passer sous le marteau au 20 rue Jean-Jaurès, à Cannes. Parmi eux figurent de nombreuses œuvres provenant de la Galerie Michel Couturier, dont sa veuve avait conservé une grande partie du fonds. Un petit Picasso de 1918, estimé entre 400 000 et 600 000 euros, ouvre une porte sur cette histoire restée réunie pendant des décennies.
Michel Couturier avait d’abord travaillé avec le marchand Paul Haim et ouvert la Galerie Europe à Bruxelles en 1956, avant d’exploiter un espace rue de Seine à Paris. En 1962, il fonde la Galerie Michel Couturier & Cie. Il y expose et édite notamment Wols, Jean Fautrier et Étienne-Martin. Sa mort dans un accident d’avion en 1970 est suivie par la fermeture de la galerie en 1974. Sa veuve garde alors une partie importante de cet ensemble.
Cette provenance commune relie plusieurs des lots les plus marquants. Pipe, verre, carte à jouer de Picasso mesure seulement 24 sur 19 cm et porte directement la provenance de la Galerie Michel Couturier à Paris. Ailleurs dans le catalogue apparaissent Fautrier, Wols, Modigliani, Étienne-Martin ou encore Marie Laurencin. La vente va séparer des pièces longtemps conservées au sein d’une même collection.
Certaines portent une histoire encore plus longue. André Salmon et sa cour, peint par Marie Laurencin en 1910 et estimé entre 100 000 et 120 000 euros, figurait déjà en 1914 dans la vente de la Peau de l’Ours. Ce groupe de collectionneurs avait acheté pendant une décennie des œuvres de jeunes artistes avant de les remettre ensemble sur le marché. Plus d’un siècle plus tard, le tableau traverse une nouvelle dispersion collective, cette fois à Cannes.
La Côte d’Azur n’est pas seulement le lieu de la vacation. Parmi les Bonnard figure un Paysage du Cannet, exposé à Nice dès 1955 et aujourd’hui estimé entre 15 000 et 25 000 euros. Le catalogue ramène ainsi à Cannes des œuvres dont certaines ont déjà une histoire azuréenne.
Une dernière exposition publique est prévue ce mardi de 10 h à midi avant la vente de 15 h. La vacation peut aussi être suivie en ligne et les enchères déposées à distance. Consulter le catalogue et suivre la vente.
Le lendemain, la seconde vente racontera une tout autre passion de Monique Couturier. Cannes Enchères dispersera 261 lots consacrés à Bleuette, la poupée lancée avec La Semaine de Suzette en 1905 : poupées, vêtements, chaussures et accessoires conservés par celle que les sources spécialisées décrivent aussi comme une historienne de Bleuette. En 2005, elle avait cosigné avec Samy Odin un ouvrage de 415 pages consacré à son trousseau. Après les Picasso et les Fautrier, ce sont donc des manteaux miniatures, des chapeaux et des bottines qui passeront sous le même marteau cannois.
Sources consultées
- The Art Newspaper FranceArt moderne et contemporain, sérigraphies et « animés » japonais
- Gazette DrouotSuccession Monique Couturier : de Picasso à Schwitters, les vestiges d’une galerie d’avant-garde
- InterencheresSuccession Monique Couturier
- Gazette DrouotCollection Couturier et Peau de l’Ours : un tableau de Marie Laurencin à haut pedigree
- Gazette DrouotLivres illustrés : collection Monique Couturier
- Bibliothèque nationale de FranceBleuette : son trousseau d'origine Gautier-Languereau, 1905-1960