
Du 2 au 12 octobre, la Fête de la science déploie ateliers et villages dans une dizaine de communes des Alpes-Maritimes. Mais son intérêt dépasse le programme d’animations : pendant quelques jours, des lieux normalement fermés au public donnent à voir ce que les chercheurs du département mesurent, modélisent ou utilisent déjà quotidiennement. L’édition 2026 ne présente pas une invention unique. Elle ouvre plutôt une fenêtre sur des compétences scientifiques installées, de l’observation menée depuis près de soixante-dix ans aux technologies médicales déjà utilisées sur des patients.
À Villefranche-sur-Mer, cette profondeur historique tient en un point sur la carte marine. Au « Point B », dans la rade, des prélèvements sont effectués chaque semaine depuis 1957. Une quinzaine de variables océanographiques sont suivies à six profondeurs ; à l’entrée de la rade, une bouée mesure aussi toutes les trente minutes température, salinité, oxygène dissous et pH. Ces séries servent notamment à repérer les évolutions et anomalies de long terme de la Méditerranée.
La visite CNRS organisée le 7 octobre devait faire reproduire au public une partie de ce travail, prélèvement de plancton en mer puis identification par imagerie automatisée. Les candidatures sont désormais closes. Ici, la technologie spectaculaire compte moins que la continuité de la mesure : pour comprendre un milieu qui change, il faut d’abord l’avoir observé assez longtemps.
À Sophia Antipolis, le problème est presque inverse : comment modifier les pratiques agricoles sans perdre la capacité à protéger les cultures ? L’Institut Sophia Agrobiotech étudie les relations entre plantes, ravageurs et organismes utiles afin de développer notamment biocontrôle, biostimulation et résistances végétales. Cela oblige à comprendre comment une population invasive s’installe, comment un auxiliaire de lutte biologique se comporte ou combien de temps une méthode alternative reste efficace.
Le dimanche 4 octobre, l’INRAE ouvre ses serres et infrastructures lors de deux parcours de deux heures. Les places sont limitées et l’inscription est obligatoire via la page officielle du Village des Agrosciences de Sophia Antipolis.
Quelques kilomètres plus loin, Valbonne montre une autre spécialisation de Sophia. Les jeux de Terra Numerica sur la cryptographie, PageRank, les graphes ou les algorithmes gloutons peuvent sembler très éloignés d’un laboratoire de recherche. Ils viennent pourtant d’un environnement scientifique dense : le laboratoire i3S réunit près de 300 chercheurs, enseignants-chercheurs, doctorants et personnels autour de l’informatique et des systèmes. Le centre Inria Côte d’Azur, principalement implanté à Sophia Antipolis, complète ce paysage de recherche numérique.
Les ateliers rendent manipulables des objets mathématiques qui servent ensuite à classer des informations, optimiser des réseaux ou sécuriser des échanges. Terra Numerica accueille le public les 2 et 3 octobre, sur réservation.
À Nice, le Centre Antoine Lacassagne montre enfin ce que devient une technologie lorsqu’elle sort du laboratoire. Son département de radiothérapie a pris en charge 2 355 patients en 2024 pour 34 335 séances. Son plateau comprend notamment CyberKnife, tomothérapie et deux équipements de protonthérapie. Nice fait partie, avec Orsay et Caen, des trois sites français proposant la protonthérapie.
Le problème technique est simple à formuler et difficile à résoudre : délivrer une dose suffisante à la tumeur tout en épargnant autant que possible les tissus voisins. Le 10 octobre, le centre ouvrira son bloc opératoire, sa plateforme de diagnostic et ses équipements de radiothérapie à de petits groupes. L’après-midi est gratuite mais les visites nécessitent une inscription, accessible via la billetterie du Centre Antoine Lacassagne.
La Fête de la science révèle ainsi moins un ensemble uniforme qu’une succession de savoir-faire ancrés dans des lieux précis : les séries marines de Villefranche, les serres expérimentales de Sophia, les mathématiques et l’informatique de Valbonne, puis les machines de traitement de Nice. Pendant dix jours, une partie de cette infrastructure cesse simplement d’être invisible.