
À Lucéram, l’eau potable du village et de ses écarts repose sur un tandem. Le Clauset fournit la ressource principale. Lorsque son débit devient insuffisant pendant l’étiage estival, la Para peut venir en renfort. C’est ce système, exploité depuis des décennies par la commune, que l’enquête publique ouverte ce 7 septembre doit désormais mieux protéger juridiquement.
La différence entre les deux sources apparaît surtout quand l’eau se fait rare. En 2019, la commune estimait les besoins du village à environ 200 m³ par jour. Elle indiquait alors que le Clauset pouvait fournir jusqu’à 380 m³ par jour, mais était tombé autour de 55 m³ lors de la sécheresse de 2003. Dans ce cas, la Para redevient nécessaire. L’arrêté préfectoral de 2025 confirme ce rôle de secours et autorise pour cette source un prélèvement maximal de 220 m³ par jour.
Mais la Para a ses propres limites. Cette émergence karstique temporaire est sensible à la turbidité après les épisodes pluvieux. Fin 2023, des dépassements de qualité de l’eau à Lucéram avaient conduit à distribuer de l’eau en bouteille pendant plusieurs semaines. En février 2024, la commune a donc approuvé un programme de sécurisation de 295 000 euros hors taxes couvrant Lucéram et Peïra-Cava, avec notamment l’installation d’une filtration pour l’eau venant de la Para.
L’enquête actuelle doit compléter ce travail technique par la protection réglementaire des captages. La source basse du Clauset bénéficie déjà d’une déclaration d’utilité publique depuis 1958. La source haute du Clauset et la Para doivent encore obtenir la leur, tandis que des périmètres de protection doivent encadrer les captages. Ces protections permettent notamment de maîtriser les terrains les plus proches et de réglementer, dans les zones sensibles, les activités susceptibles de polluer l’eau. Pour la Para, cette question foncière a longtemps bloqué le dossier : la commune n’a acquis en 2022 la parcelle destinée au périmètre de protection immédiate qu’après des années de négociations.
Depuis le 14 août, Lucéram fait aussi partie des communes du bassin des Paillons placées en alerte renforcée sécheresse. La préfecture recensait alors 100 communes des Alpes-Maritimes soumises à des restrictions d’eau. Cette tension n’est pas à l’origine du dossier, engagé bien auparavant, mais elle montre l’intérêt d’un système capable de basculer d’une ressource à l’autre lorsque les débits baissent.
Les habitants peuvent consulter le dossier et participer à l’enquête publique jusqu’au 21 septembre, en mairie ou par voie électronique. À Lucéram, protéger l’eau signifie donc autant préserver sa qualité que conserver la possibilité d’aller chercher la Para lorsque le Clauset ne suffit plus.
Sources consultées
- Préfecture des Alpes-MaritimesCommune de Lucéram - Régularisation des sources du Clauset et de la Para
- Préfecture des Alpes-MaritimesArrêté préfectoral portant reconnaissance de l’antériorité du captage de la source de la Para
- Commune de LucéramProcès-verbal du conseil municipal du 20 juin 2019
- Commune de LucéramConseil municipal du 8 février 2024
- Préfecture des Alpes-MaritimesSécheresse dans les Alpes-Maritimes : 18 nouvelles communes concernées par des restrictions des usages portant leur nombre à 100