
Dans la cour de l’école Jousé Garibaldi - Port, près du port de Nice, un premier mât d’environ six mètres porte déjà le drapeau français. La mairie annonce le même équipement dans 89 écoles pour le retour des vacances de la Toussaint. Mais la seconde partie du projet d’Éric Ciotti, une levée régulière des couleurs avec La Marseillaise et les élèves, vient de rencontrer une limite beaucoup plus nette.
Le 31 août, à l’issue du Conseil des ministres, Édouard Geffray a affirmé qu’il « n’appartient pas au maire » de décider d’une telle cérémonie en présence de tous les élèves. Selon le ministre de l’Éducation nationale, elle ne pourrait être organisée, qu’elle soit hebdomadaire, mensuelle ou quotidienne, sans décision de l’Éducation nationale.
L’épisode tient au partage des pouvoirs dans l’école primaire française. La commune a la charge des écoles publiques : elle possède les locaux et finance notamment leur construction, leurs réparations, leur équipement et leur fonctionnement. Installer un mât dans une cour relève donc d’un équipement dont la commune peut prendre l’initiative.
Elle ne dispose pas de la même liberté pour organiser le temps des élèves. Le Code de l’éducation permet bien aux collectivités de proposer dans les établissements des activités éducatives complémentaires, mais avec l’accord des autorités responsables. Ces activités sont facultatives et ne peuvent remplacer ni perturber les enseignements fixés par l’État.
Le paradoxe niçois est que le drapeau est déjà solidement installé dans le droit scolaire. Le drapeau français et le drapeau européen doivent être apposés sur la façade des écoles. Depuis la rentrée 2019, les deux drapeaux et la devise de la République doivent aussi être affichés dans chaque salle de classe, tandis que les paroles de La Marseillaise doivent être affichées dans l’établissement.
Le projet de Nice ne consiste donc pas à faire entrer un symbole absent de l’école. Il ajoute sa présence dans les cours et, surtout, veut en faire le centre d’un rituel collectif régulier.
Éric Ciotti avait d’ailleurs annoncé dès le 28 août qu’il saisirait le rectorat. Dans un courrier adressé le lendemain au recteur Emmanuel Roux, il propose de construire avec l’Éducation nationale les modalités de la cérémonie. Au 31 août, aucune réponse publique du rectorat n’a été identifiée. Le coût du déploiement des mâts n’a pas non plus été rendu public.
À compter de cette rentrée, l’Éducation nationale impose elle-même une cérémonie annuelle autour du 11-Novembre dans chaque école élémentaire, collège et lycée ; elle concerne les élèves à partir du CM1 et s’inscrit explicitement dans un travail pédagogique. Les cérémonies républicaines ont donc leur place à l’école, mais leur cadre commun relève de l’institution scolaire.
À Jousé Garibaldi - Port, le premier mât est déjà debout. Pour les autres écoles, la Ville annonce les équipements pour la reprise du 2 novembre. Pour réunir ensuite les élèves chaque semaine devant ces drapeaux, Nice devra passer par l’Éducation nationale.
Sources consultées
- Éric CiottiLe drapeau français doit retrouver toute sa place dans toutes les écoles niçoises.
- AFP, reproduite par BoursoramaÉcoles : la « levée des couleurs » voulue par Ciotti ne pourra pas se faire, prévient Geffray
- Le ParisienÀ Nice, Ciotti installe un mât avec un drapeau français dans chaque école pour lever les couleurs
- Les Petites Affiches des Alpes-MaritimesÀ Nice, 89 écoles seront équipées d’un mât et d’un drapeau tricolore pour le lever des couleurs
- LégifranceArticle L212-4 du Code de l’éducation
- Ministère de l’Éducation nationaleMise en œuvre d'une cérémonie commémorative dans les écoles et établissements d’enseignement scolaire de l’armistice du 11 novembre