
À Sophia Antipolis, Daniele Antonioli, chercheur au département Sécurité numérique d’EURECOM, cosigne avec Florian Hofhammer et Mathias Payer, de l’EPFL, un travail présenté à USENIX Security 2026 du 12 au 14 août. Baptisé PrivacyShield, le prototype part d’une idée simple : lorsqu’une balise Bluetooth sert à suivre quelqu’un, peut-on rendre sa position fausse plutôt que seulement tenter de détecter le traceur ?
Un AirTag n’a pas besoin de connaître lui-même sa position. Il diffuse un identifiant en Bluetooth Low Energy ; les appareils Apple à proximité captent ce signal et transmettent leur propre localisation au réseau Find My. Le propriétaire de la balise peut alors la retrouver. Ce fonctionnement rend ces petits objets utiles pour des clés ou un sac, mais permet aussi de suivre une personne à son insu.
Apple et Google ont déployé en 2024 des alertes compatibles entre iOS et Android pour les AirTags et autres traceurs Bluetooth conformes à leur spécification commune. L’équipe EPFL-EURECOM montre cependant que des balises modifiées ou spécialement conçues peuvent contourner certaines protections. PrivacyShield intervient à un autre niveau : les messages Bluetooth utilisés pour signaler la présence d’une balise ne sont pas authentifiés, donc ils peuvent être captés puis réémis ailleurs.
Le prototype utilise une application Android dérivée d’AirGuard pour recueillir les signaux à proximité, un serveur pour les transmettre et des relais construits autour de microcontrôleurs ESP32 pour les rediffuser. Des téléphones situés près du relais envoient alors au réseau de localisation des données associées à cet autre emplacement.
Les chercheurs ont testé le prototype avec un AirTag et un relais distants d’environ quatre kilomètres. Avec une réémission deux fois par seconde et un téléphone susceptible de signaler la balise à chaque endroit, Find My affichait de manière fiable la position du relais plutôt que celle de l’AirTag.
L’expérience devient plus délicate dans un lieu fréquenté. Lorsque les auteurs estiment qu’environ 70 appareils étaient susceptibles de capter la véritable balise, un seul appareil près du relais ne suffisait plus, même en augmentant fortement la fréquence d’émission. Avec deux appareils côté relais et au moins deux émissions par seconde, la position affichée oscillait entre l’emplacement réel et le faux. Le principe fonctionne donc, mais son efficacité dépend du nombre d’appareils qui entendent chaque signal.
PrivacyShield reste un prototype de recherche open source. Son fonctionnement suppose que l’application Android tourne sur un appareil proche de la personne protégée, ainsi qu’une infrastructure de relais physiques ailleurs. Les auteurs le présentent comme une solution transitoire face aux limites actuelles des réseaux de localisation, pas comme une fonction déjà disponible dans les smartphones.
À Biot, ce travail prolonge plusieurs années de recherches de Daniele Antonioli sur la sécurité de Bluetooth et des objets connectés. Il s’agit d’examiner ces protocoles assez finement pour retourner l’une de leurs faiblesses contre le pistage non sollicité.
Sources consultées
- USENIXPrivacyShield: Relaying BLE Beacons to Counter Unsolicited Tracking
- USENIXPrivacyShield: Relaying BLE Beacons to Counter Unsolicited Tracking, paper
- AppleApple and Google deliver support for unwanted tracking alerts in iOS and Android
- EURECOMPRIVACYSHIELD: Relaying BLE beacons to counter unsolicited tracking