
Au cap d’Antibes, les eucalyptus, les cyprès et les palmiers de la Villa Thuret ne forment pas seulement un beau jardin. Depuis 1857, des botanistes y introduisent et expérimentent des espèces venues d’autres régions du monde pour étudier leur adaptation au climat méditerranéen. Le site rassemble aujourd’hui environ un millier d’espèces d’arbres et d’arbustes.
Cette science installée dans le paysage traverse Science Azur, un guide gratuit paru le 16 juillet et porté par neuf établissements de recherche azuréens. Ses quinze parcours relient des lieux souvent associés au tourisme, au patrimoine ou à la promenade aux recherches qui s’y mènent ou s’y sont menées. Le livret est disponible en ligne et dans les offices de tourisme de la Côte d’Azur.
À Grasse, le parfum mène vers la botanique et la chimie. À Nice, les coupoles du mont Gros racontent à la fois l’astronomie du XIXe siècle et les recherches actuelles sur la Terre et l’Univers. À Villefranche-sur-Mer, la rade conduit aux recherches sur le milieu marin. Le guide passe aussi par Sophia Antipolis, l’île Sainte-Marguerite, le domaine de Valrose et Valberg.
L’ensemble dessine un département où la recherche se trouve jusque dans les paysages familiers. Elle s’est installée dans des jardins, sur une colline dominant Nice, au bord de la rade ou sur les plateaux de l’arrière-pays. Ses objets sont parfois devenus si familiers qu’on ne les regarde plus comme des instruments scientifiques : une espèce végétale acclimatée, une grande coupole blanche, un observatoire posé dans la montagne.
La Villa Thuret en donne l’exemple le plus parlant. Gustave Thuret, botaniste spécialiste des algues, choisit le cap d’Antibes au milieu du XIXe siècle et y mène des essais sur des végétaux exotiques. Ses successeurs poursuivent ce travail, notamment sur les eucalyptus, les pittospores et certains palmiers. Le jardin reste aujourd’hui un site de recherche d’INRAE, mais aussi un lieu ouvert gratuitement au public du lundi au vendredi, de 8 h 30 à 17 h.
Les quinze propositions ne sont pas toutes des promenades en accès libre. Certains lieux se visitent sans réservation, d’autres à dates fixes ou sur inscription. Des visites guidées payantes du mont Gros sont proposées pendant l’été et peuvent être réservées dans l’agenda de l’Observatoire de la Côte d’Azur.
Science Azur fonctionne donc moins comme un circuit à suivre dans l’ordre que comme une carte des traces laissées par la recherche. À la Villa Thuret, un eucalyptus n’est plus seulement une silhouette familière du littoral. Il devient le résultat visible d’une expérience commencée au cap d’Antibes en 1857.