
À Valbonne, au 955 route des Lucioles, le siège de Micromania a changé d’actionnaires. L’enseigne de jeux vidéo, qui revendique plus de 300 magasins et six millions de clients, a été cédée par l’américain GameStop à Stephan Tétrault, Jean-François Chenail, Sandra Callahan et Stephen Callahan, quatre entrepreneurs liés au commerce du jouet, des licences et des objets de collection.
Ils reprennent surtout une question embarrassante : à quoi sert encore une boutique de jeux vidéo lorsque les jeux n’ont plus besoin de boîte ?
En France, 89 % du chiffre d’affaires des logiciels de jeux était dématérialisé en 2025, tous supports et contenus confondus. Les jeux en boîte résistent mieux parmi les jeux complets pour consoles, dont ils représentent encore 42 % des ventes. Mais ce marché a reculé de 12 % en un an, à 397 millions d’euros. La clientèle n’a pas disparu. Le produit qui faisait vivre les magasins se contracte.
La réponse annoncée par les nouveaux propriétaires tient dans ce qui ne se télécharge pas : cartes Pokémon ou Magic, figurines, peluches, éditions limitées, échanges entre collectionneurs et événements en boutique. Micromania prévoit aussi de mieux relier magasins et vente en ligne, d’exploiter davantage ses données clients et de vendre aux marques de la visibilité dans ses boutiques et sur ses canaux numériques.
Un premier magasin phare doit ouvrir près de Paris en octobre 2026. Des distributeurs de cartes à collectionner sont également annoncés dans une trentaine de centres commerciaux. Le consortium va parallèlement examiner le réseau pour envisager des relocalisations, des agrandissements ou de nouvelles implantations. Aucune fermeture n’est annoncée à ce stade.
Le projet donne un nouveau rôle commercial à un réseau existant. Il combine boutiques, données, animation de communautés et objets de collection pour réduire la dépendance aux jeux en boîte. Micromania avait déjà amorcé ce virage avec Zing et les produits dérivés. Les repreneurs disent vouloir accélérer en appliquant la méthode utilisée depuis 2025 chez EB Games Canada, mais ils ne publient pas de comptes détaillés permettant d’en mesurer indépendamment les résultats.
Sophia Antipolis n’est pas seulement l’adresse juridique de l’entreprise. Une offre d’emploi publiée en mai 2026 y situait une équipe chargée d’améliorer le site marchand, d’analyser les usages et de personnaliser les parcours d’achat, en lien avec les équipes de données, de design et de développement. Cette annonce documente la présence de compétences numériques à Valbonne, sans décrire toute l’organisation du siège après le rachat.
L’ancrage doit toutefois être mesuré. Le centre opérationnel et logistique, avec le support aux magasins et le service après-vente, est installé dans le Val-de-Marne. Le rachat ne comporte pour l’instant aucun engagement chiffré sur l’emploi ou l’investissement à Sophia. Le rôle local deviendra tangible si les équipes de Valbonne participent à la conception du parcours numérique du futur magasin phare.
Sources consultées
- MicromaniaMicromania ouvre un nouveau chapitre de son histoire
- Bredin PratBredin Prat advises GameStop in connection with the sale of video game retailer Micromania
- Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirsBilan du marché français du jeu vidéo 2025
- Micromania-ZingUX-UI CRO Specialist
- Annuaire des entreprisesMicromania Group