
Une prise électrique, mais aucune arrivée d’eau. Serenity, société née à Cannes et accompagnée par le pôle Alpha de Sophia Antipolis, commercialise des fontaines qui condensent l’humidité de l’air. L’eau recueillie passe ensuite par plusieurs étapes de filtration, un traitement aux ultraviolets et une reminéralisation. Son modèle S50 peut produire jusqu’à 50 litres par jour, soit les besoins de boisson annoncés pour une équipe de 10 à 25 personnes.
Le procédé est déjà maîtrisé par plusieurs fabricants internationaux. Il consiste à refroidir l’air sous son point de rosée, comme le ferait un déshumidificateur, puis à filtrer et traiter le condensat pour obtenir une eau destinée à la boisson. Serenity cherche moins à inventer cette physique qu’à en faire une offre exploitable : location des machines, livraison des filtres, maintenance, pièces détachées et suivi de leur fonctionnement.
Créée en mai 2024, l’entreprise a enregistré ses premières commandes, selon Enterprise Europe Network, et travaillé avec cet organisme sur la documentation nécessaire au marquage CE. La Fondation Solar Impulse lui attribue un niveau de maturité correspondant à un essai commercial à petite échelle. Elle cite une installation réalisée en 2024 chez Permare, le constructeur des yachts Amer, à Sanremo. Ces éléments établissent un début de commercialisation, mais pas encore un déploiement industriel.
Sur la Côte d’Azur, les usages les plus crédibles se trouvent dans les bureaux, les hôtels, l’événementiel, les chantiers ou le nautisme. La fontaine ne concurrence pas sérieusement l’eau du robinet lorsque le réseau fonctionne. Elle peut en revanche remplacer des bonbonnes dans un lieu sans arrivée d’eau, réduire les livraisons et libérer de l’espace de stockage. L’utilisateur échange alors une logistique de bouteilles contre de l’électricité, des filtres et un contrat de maintenance.
La performance dépend directement des conditions ambiantes. La fiche publique de la S50 indique une puissance de 0,9 kW et une production pouvant atteindre 50 litres par jour, sans préciser la température et l’humidité correspondant à ce maximum. Serenity annonce par ailleurs une consommation moyenne de 0,18 à 0,22 kWh par litre, mais ne publie ni protocole d’essai ni courbe de performance indépendante.
Pour un générateur concurrent de capacité comparable, le fabricant espagnol GENAQ publie une consommation de 0,39 kWh par litre à 30 °C et 80 % d’humidité, puis de 0,53 kWh à 23 °C et 60 % d’humidité. Il ne s’agit pas de la même machine, mais ces données montrent que la consommation augmente lorsque l’air devient plus frais ou moins humide. La littérature scientifique confirme que produire de l’eau par condensation de l’humidité reste nettement plus énergivore que traiter une ressource liquide.
Le travail engagé sur la documentation CE vise à faciliter la commercialisation de l’appareil en Europe, sans constituer une validation indépendante de l’eau produite. Serenity ne publie pas encore d’analyse sanitaire accessible, ni le lieu de fabrication de ses machines ou la part exacte de leur ingénierie réalisée dans les Alpes-Maritimes. À ce stade, l’activité cannoise documentée porte surtout sur la commercialisation, la préparation réglementaire et le service autour d’une technologie existante.
Serenity cherche désormais à lever 500 000 euros pour structurer l’entreprise et recruter notamment un directeur général. La prochaine preuve décisive serait une installation dans un hôtel, un bureau ou un chantier naval azuréen, avec les litres produits, l’électricité consommée et les analyses publiées.
Sources consultées
- Le Journal des EntreprisesSerenity transforme l’humidité de l’air en eau potable
- Serenity CorporationFontaine atmosphérique S50
- Enterprise Europe Network France MéditerranéeSerenity Corporation sécurise son accès au marché européen
- GENAQAtmospheric Water Generators, catalogue 2023
- iScienceFresh water production from atmospheric air: Technology and innovation outlook
- Commission européenneCE marking: obtaining the certificate and EU requirements