
Jean-Marie Girier est nommé préfet des Alpes-Maritimes au moment où Nice et la Métropole viennent elles aussi de changer de direction. Le décret du 9 juillet, publié le lendemain au Journal officiel, l’appelle à succéder à Laurent Hottiaux, nommé en Pays de la Loire après un peu plus d’un an à Nice.
Le passage de Laurent Hottiaux aura été court, mais il laisse plusieurs décisions et dossiers ouverts. Arrivé en mai 2025, il a traversé une campagne municipale particulièrement dure entre Christian Estrosi et Éric Ciotti, allant jusqu’à appeler publiquement les candidats au calme. Il a ensuite travaillé avec le nouvel exécutif niçois issu des élections de mars 2026.
Ses dernières semaines ont montré que la relation entre l’État et la Métropole pouvait rapidement devenir conflictuelle. Le 20 juin, Éric Ciotti a affirmé que le démarrage du chantier du contournement de Lantosque était bloqué par la présence de l’escargot de Nice et d’une variété rare de crapauds. Laurent Hottiaux lui a répondu le jour même que ces espèces ne bloquaient pas le projet et que le retard était imputable à la Métropole, en publiant sa propre chronologie du dossier.
Cet échange révèle un partage des responsabilités propice aux conflits publics. Dans les vallées touchées par la tempête Alex, l’État intervient sur les autorisations et les financements, tandis que la Métropole conduit certains travaux. Un retard peut rapidement devenir un conflit sur la responsabilité de l’État ou de la Métropole. Jean-Marie Girier hérite de ce précédent dans les relations entre l’État et le nouvel exécutif métropolitain.
Laurent Hottiaux laisse aussi des décisions plus directement visibles. Il a présenté un plan départemental de relance de la production de logements, dans un territoire où le coût de l’immobilier et le manque d’offres compliquent la vie des ménages comme le recrutement des entreprises. Il a imposé le port du casque et du gilet réfléchissant aux usagers de trottinettes et d’autres engins motorisés individuels dans tout le département. Enfin, peu avant la nomination de son successeur, il a placé 30 communes en alerte ou en alerte renforcée face à la sécheresse.
Jean-Marie Girier n’arrive donc pas devant une page blanche. Mais son parcours donne à la succession une portée particulière. Avant d’entrer dans le corps préfectoral, il a travaillé auprès de Gérard Collomb à Lyon, participé à la création d’En marche puis dirigé la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron en 2017. Il a ensuite été chef de cabinet au ministère de l’Intérieur et directeur de cabinet du président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand.
Nommé préfet en 2020, Jean-Marie Girier a depuis dirigé le Territoire de Belfort, la Vienne puis les Pyrénées-Atlantiques. Son itinéraire reste inhabituel : il connaît de l’intérieur les campagnes électorales, les cabinets ministériels et les services territoriaux de l’État.
Ce parcours politique compte particulièrement dans les Alpes-Maritimes. Éric Ciotti a remporté la mairie de Nice en mars à la tête d’une liste réunissant notamment l’Union des droites pour la République et le Rassemblement national, avant de prendre la présidence de la Métropole le 9 avril. L’un des principaux pôles de pouvoir local du département est désormais dirigé par un adversaire national du camp présidentiel, après des années de rivalité entre Éric Ciotti et Christian Estrosi.
Le passé macroniste de Jean-Marie Girier ne permet pas de prévoir ses décisions, et le préfet est tenu à la neutralité dans l’exercice de ses fonctions. Ce passé influencera néanmoins la manière dont ses décisions seront interprétées. Un désaccord avec la Métropole sur une autorisation, une opération de sécurité ou un financement risquera rapidement d’être présenté comme un affrontement politique. À l’inverse, une coopération étroite avec Éric Ciotti sera observée comme un test de la capacité de l’État et du nouvel exécutif local à travailler ensemble malgré leur opposition nationale.
La sécurité constituera un autre terrain sensible. Laurent Hottiaux avait fait de la lutte contre le narcotrafic sa première priorité et soutenu une coordination accrue entre police municipale, police nationale et gendarmerie. Éric Ciotti place lui aussi la sécurité au centre de son action. L’État et la municipalité pourront partager certains objectifs tout en discutant les moyens, les résultats et leur présentation publique.
Les restrictions d’eau, le risque d’incendie et la reconstruction des vallées ajoutent une contrainte immédiate, mais ils ne résument pas la nomination. Le principal changement tient à la combinaison de deux trajectoires politiques : un préfet passé par le cœur de la macronie et un maire-président de métropole qui a construit son ascension récente dans l’alliance avec le Rassemblement national.
Les premières indications viendront moins des cérémonies d’installation que de dossiers déjà ouverts : la suite donnée au plan logement de Laurent Hottiaux, le prochain arbitrage sur un chantier des vallées, la coordination des politiques de sécurité et le ton choisi dans les échanges avec la Métropole. À Nice, Jean-Marie Girier ne trouvera pas seulement une administration en activité, mais une relation entre l’État, Nice et la Métropole qui vient de changer de protagonistes.
Sources consultées
- LégifranceDécret du 9 juillet 2026 portant nomination du préfet des Alpes-Maritimes, M. Girier
- Le Journal des entreprisesJean-Marie Girier, ancien directeur de campagne d’Emmanuel Macron, est le nouveau préfet des Alpes-Maritimes
- Préfecture des Alpes-MaritimesInfox sur la reconstruction des vallées après la tempête Alex
- Ministère de l’IntérieurRésultats des élections municipales de 2026 à Nice
- Métropole Nice Côte d’AzurLe président
- La DépêcheÉric Ciotti : « Sacrifier la sécurité des habitants, c’est non »... pourquoi le maire de Nice est en colère à cause d’escargots et de crapauds