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Entre Menton et Vintimille, protéger la mer demande de regarder des deux côtés

Le protocole CAP’M crée un cadre commun entre Cap Martin et Capo Mortola, avec un travail de terrain sur les mouillages, les données et les règles.

Carte marine franco-italienne

Le 1er juillet, aux Jardins Hanbury de Vintimille, les partenaires du projet CAP’M ont signé un protocole d’entente pour poursuivre ensemble la gestion des aires marines protégées de Cap Martin, côté français, et de Capo Mortola, côté italien. Ce cadre de coopération porte désormais le nom de Parc Marin Transfrontalier des Deux Caps.

Le changement n’est pas la création d’une grande administration de la mer. Il est plus précis: deux espaces protégés voisins se donnent un cadre commun pour gérer un même morceau de Méditerranée, alors que les règles, les autorités et les méthodes de gestion restent françaises d’un côté, italiennes de l’autre.

CAP’M a été lancé en mars 2024 et doit s’achever en août 2026. Son budget total est de 774 832,50 euros, dont 619 866 euros de FEDER. Le SMIAGE en est le chef de file, avec la Communauté de la Riviera française, l’Université de Gênes, la Région Ligurie et le Département des Alpes-Maritimes. En deux ans, le programme a surtout produit des outils de gestion: plus de vingt réunions techniques et comités de pilotage, une base de données géographique, plus d’une vingtaine de couches de données harmonisées sur les usages, l’environnement et la réglementation, une cartographie continue entre Cap Martin et Capo Mortola, une bouée connectée et un suivi de la grande plaisance.

C’est moins visible qu’une digue ou qu’un port, mais c’est bien une infrastructure publique: des données, des règles et des habitudes de travail. Sur cette partie du littoral, elle compte autant que le béton. Le site Natura 2000 Cap Martin couvre environ 2 000 hectares entièrement marins, entre Menton et Roquebrune-Cap-Martin, jusqu’à plus de 3 km au large. Il protège notamment des herbiers de posidonie, habitat prioritaire, dans une mer très utilisée: baignade, plongée, pêche, loisirs nautiques, petite et grande plaisance.

La pression n’est pas théorique. La fiche Natura 2000 de Cap Martin signale plus de 100 navires au mouillage lors des jours de forte affluence, et près de 150 autour de certains événements monégasques, avec une forte part de grande plaisance. Côté italien, Capo Mortola encadre aussi les usages: interdiction des jet-skis, restrictions pour les bateaux de plus de 24 m à moins de 500 m de la côte, mouillage limité sur les herbiers, autorisations pour certaines activités de pêche ou de plongée.

Sans coordination, une règle utile peut simplement déplacer les bateaux, les pressions et les conflits quelques centaines de mètres plus loin. Une gestion séparée risquerait de déplacer le problème d’un côté de la frontière à l’autre. La mer ne connaît pas la frontière, les plaisanciers oui. C’est ce que le symposium Natura 2000 entre Menton et Vintimille avait déjà mis en avant au printemps. La signature de juillet ajoute une étape: elle installe un cadre durable après la phase de travail CAP’M, avec un CAP’M 2 annoncé pour traduire les engagements en actions opérationnelles.

Le contenu précis de CAP’M 2 n’a pas encore été rendu public. Mais l’orientation est claire: sur le littoral mentonnais, protéger les fonds marins ne consiste plus seulement à délimiter une zone sur une carte. Il faut savoir où mouillent les bateaux, où se trouvent les habitats sensibles, quelles règles s’appliquent de chaque côté, et comment les faire tenir ensemble entre Carnolès, Cabbé, les Balzi Rossi et les Jardins Hanbury.

Sources consultées
  1. SMIAGECAP’M : Deux ans de coopération au service d’un parc marin transfrontalier entre France et Italie
  2. Communauté de la Riviera françaiseMARITTIMO Cap’M
  3. Riviera française Natura 2000Cap Martin (FR9301995)
  4. Giardini Botanici Hanbury / Università di GenovaArea di Tutela Marina di Capo Mortola