À Carros, Reborn prépare une extension à 15 millions d’euros pour doubler son site de reconditionnement d’appareils numériques. Le chantier doit commencer en septembre 2026 sur un terrain adjacent aux bâtiments actuels, avec une livraison annoncée fin 2027 ou début 2028. L’entreprise prévoit de passer d’environ 7 000 à 14 000 m². Près de 200 recrutements sont annoncés avec l’extension.
La nouveauté n’est pas un smartphone plus brillant qu’un autre. Elle tient dans une question plus prosaïque, et plus décisive : comment traiter assez d’appareils d’occasion pour que l’achat reconditionné ne ressemble pas à un pari ? Reborn, marque du groupe DPA Europe, vise plus de 1,5 million de produits reconditionnés par an grâce au projet Phoenix. Selon son président Roger-David Lellouche, cité par Le Journal des Entreprises, le nouveau site doit permettre de traiter 750 000 smartphones supplémentaires par an.
Le reconditionné a longtemps souffert d’un flou tenace. Un téléphone peut avoir une batterie fatiguée, un verrou logiciel oublié, un écran remplacé avec une pièce médiocre, une version prévue pour un autre marché, ou un défaut qui n’apparaît qu’après quelques jours d’usage. Depuis 2022, le mot « reconditionné » est encadré en France : les fonctionnalités doivent être testées, les interventions nécessaires réalisées, et les données de l’ancien utilisateur effacées avant revente. Mais la loi fixe un socle. La confiance, elle, se fabrique dans les gestes répétés.
C’est ce que montre l’atelier de Carros. L’Usine Digitale, qui l’a visité en 2025, décrit une chaîne où les téléphones passent par l’effacement des données, l’identification, les mises à jour, le diagnostic technique, le contrôle esthétique, la réparation, puis un nouveau contrôle. Reborn met en avant 54 points de vérification : batterie, écran, haut-parleurs, boutons, Wi-Fi, Bluetooth, réseau mobile, capteurs, verrouillage logiciel, IMEI. La batterie revient souvent comme le nerf de la guerre : l’entreprise promet au moins 85 % de capacité et en remplacerait environ une sur trois.
La difficulté industrielle est là. Si trop d’appareils arrivent en mauvais état, le modèle économique se casse. Si les tests sont trop superficiels, le client ne revient pas. Si tout est automatisé, certaines faiblesses restent invisibles : un haut-parleur peut émettre un son, mais grésiller ; un écran peut répondre, mais mal vieillir ; une coque peut passer techniquement, mais décevoir au déballage. À Carros, les réparations restent donc largement manuelles, avec des techniciens formés en interne et des décisions de tri qui pèsent autant que les logiciels de test.
Le contexte donne du poids à ce pari. Le Baromètre du numérique 2025 indique que 22 % des smartphones détenus ont été achetés d’occasion ou reconditionnés, tandis que le neuf reste très majoritaire. L’Ademe estime qu’un téléphone mobile reconditionné évite, par année d’utilisation, l’extraction de 76,9 kg de matières premières et l’émission de 24,6 kg de CO2 équivalent par rapport à un achat neuf. Ces bénéfices dépendent toutefois de la durée d’usage, des pièces remplacées, de l’origine des appareils et de la qualité réelle du reconditionnement.
Dans les Alpes-Maritimes, l’affaire dit aussi quelque chose de Carros-Le Broc. Dans un département où le foncier productif est rare, sujet déjà abordé dans un précédent article sur la réindustrialisation azuréenne, cette zone industrielle accueille une activité qui ne fabrique pas les smartphones, mais prolonge leur vie avec des emplois, des mètres carrés et des procédures. Reborn revendique l’ambition de devenir le plus grand site européen du reconditionnement. Le rang reste une promesse d’entreprise. Le fait local, lui, est déjà net : à Carros, la remise en circulation d’un téléphone devient un travail d’usine.
Sources consultées
- Le Journal des EntreprisesPour devenir le n°1 du reconditionné en Europe, Reborn investit 15 millions d’euros dans les Alpes-Maritimes
- L’Usine DigitaleReconditionné : pourquoi Reborn fait le pari du made in France
- LégifranceDécret n° 2022-190 du 17 février 2022 relatif aux conditions d’utilisation des termes « reconditionné » et « produit reconditionné »
- AdemeReconditionnement des produits : connaître et améliorer les pratiques pour augmenter les bénéfices environnementaux
- ArcepLe baromètre du numérique, édition 2025