À Antibes les 27 et 28 juin, puis à Menton, Cagnes-sur-Mer et Golfe-Juan début juillet, la Saint-Pierre revient sur les quais des Alpes-Maritimes. On y mangera de la soupe de poissons ou des sardines, on y dansera, mais le cœur de la fête tient dans des gestes plus anciens : sortir en procession, bénir les bateaux, déposer une gerbe, lancer des pointus à la rame, regarder une barque partir en flammes.
Le plus parlant se joue peut-être au Cros-de-Cagnes. Pour la Saint-Pierre et la Mer, les 4 et 5 juillet, l’ancien village de pêcheurs reprend un rite spectaculaire : autrefois, un pointu trop abîmé pour servir encore était honoré puis brûlé. Cette année, la Ville annonce l’embrasement d’un fac-similé de bateau, justement pour préserver les pointus encore transmis. On garde le feu, mais on sauve l’objet. La fête adapte son rite pour ne pas détruire ce qu’elle veut célébrer.
À Antibes, la fête commence très tôt, avec un concours de pêche au port du Crouton à Juan-les-Pins, puis s’élargit aux clubs nautiques. La Base Nautique accueille kayak, pirogue, longe-côte, régate et plongée. Le dimanche, le défilé part de la cathédrale, rejoint le quai des Pêcheurs, puis la gerbe à la mer part du port d’Antibes, accompagnée par les bateaux de la Société des Régates d’Antibes. La course de pointus à la rame, annoncée de la Salis à la Gravette selon la météo, donne à la fête son geste le plus physique : il ne suffit pas de regarder le patrimoine, il faut encore pousser sur les avirons.
À Menton, les 4 et 5 juillet, la Saint-Pierre garde une tonalité plus solennelle. La fête, tombée en désuétude au XXe siècle puis relancée en 2005, rend hommage aux Péris en mer. La procession part de la basilique Saint-Michel-Archange vers le monument des Péris en mer, puis vers la capitainerie du Vieux-Port, avant la bénédiction des navires jusqu’à Garavan si la météo le permet. Le soir, la soupe de poissons et la danse ramènent la cérémonie vers la place publique. L’embrasement de la barque est annoncé plage du Fossan, sous réserve des autorisations préfectorales.
À Golfe-Juan, la Saint-Pierre s’étire du 3 au 11 juillet. Le Comité de la Saint-Pierre y fait tenir ensemble pétanque, sardinade, fête patronale, dépôt de gerbes à la stèle des Marins, concours de châteaux de sable, concert, joutes nautiques et Bal de la Mer. Les navettes gratuites depuis Vallauris rappellent une évidence locale : ici, la fête du port parle aussi à la commune du haut, celle de la céramique et de la colline.
Ces fêtes ne rendent pas aux ports leur ancienne économie de pêche. Elles maintiennent une place pour les pêcheurs, les clubs, les sauveteurs, les rameurs, les groupes folkloriques et les familles dans un littoral que l’été transforme vite en décor. Pendant quelques jours, les ports ne servent pas seulement à embarquer ou à se promener. Ils redeviennent des lieux où l’on nomme les disparus, où l’on sort les bateaux, où l’on rame devant tout le monde, où une gerbe quitte le quai pour la mer.