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À Cannes, l’IA passe par des data centers en conteneurs

Avec Policloud, Antimatter teste à Cannes-La Bocca un cloud IA distribué en conteneurs, entre promesse souveraine, énergie disponible et chiffres encore déclaratifs.

Conteneur numérique à Cannes-La Bocca

Antimatter a été lancée en avril 2026 autour de trois entités: Policloud, Hivenet et Data Factory. Son ancrage cannois vient surtout de Policloud, installée à la Cité des entreprises de Cannes-La Bocca, où Cannes et Cannes Lérins ont présenté en 2025 un premier micro-data center destiné au stockage sécurisé et au calcul pour l’intelligence artificielle.

Le sujet dépasse la naissance d’une nouvelle marque du cloud. Il touche à une limite très physique de l’IA. Une fois les modèles entraînés, leurs usages quotidiens exigent encore beaucoup de calcul: applications métiers, agents logiciels, outils publics, services embarqués. Pour cela, il faut des GPU, mais aussi de l’électricité disponible, une fibre suffisante, du refroidissement, un site, des délais de raccordement et un cadre clair sur le lieu d’hébergement et de traitement des données.

Policloud répond à ce verrou avec une forme moins massive que les grands campus de serveurs: des data centers en conteneurs. Sa fiche technique annonce deux modèles standards. Le premier tient dans un conteneur de 20 pieds, avec une capacité maximale de 100 kW, 2 pétaoctets de stockage et 104 GPU. Le second, en 40 pieds, monte à 450 kW, jusqu’à 4 pétaoctets et 360 GPU, sur une emprise annoncée de 100 m². Les unités peuvent fonctionner seules ou être reliées dans un réseau distribué via Hivenet.

Cette architecture explique l’intérêt local. Cannes ne se contente pas d’accueillir un événement sur l’IA au Palais des festivals. À La Bocca, la ville devient l’un des lieux où s’expérimente une version plus compacte de l’infrastructure numérique: moins de foncier qu’un hyperscale, un déploiement annoncé en quelques mois, un refroidissement annoncé sans consommation d’eau et une conservation des données sous contrôle local ou européen.

Le rapprochement avec Antimatter ajoute une couche énergétique. Data Factory apporte des sites et capacités électriques, notamment aux États-Unis, tandis que Hivenet orchestre les ressources distribuées. Antimatter affirme exploiter, au lancement, 10 unités Policloud sur 8 sites, avec 3 400 GPU en service, et vise 100 unités en 2027 puis 1 000 en 2030. Ces chiffres sont ambitieux et restent principalement déclarés par l’entreprise.

Le modèle est plus avancé qu’une maquette, mais il n’est pas encore prouvé comme standard industriel. Les sources disponibles ne donnent pas de mesure indépendante de disponibilité, de latence, de coût réel par usage ou de performance sur des charges IA précises. Le défi sera de faire de ces conteneurs un réseau fiable, souverain, exploitable et économiquement tenable.

Dans les Alpes-Maritimes, cette approche répond aussi à une autre annonce récente: l’IA Factory d’Evroc à Mougins, pensée comme un hyperscale de 96 MW pouvant accueillir jusqu’à 50 000 GPU. Le département voit ainsi se dessiner deux visions de l’IA matérielle: le très grand site centralisé à Mougins, et la boîte raccordable, distribuée, à Cannes-La Bocca.

Si Antimatter transforme ses annonces en déploiements vérifiables, Cannes aura contribué à poser une question utile: l’IA française doit-elle seulement chercher de plus grands data centers, ou aussi apprendre à installer le calcul plus près des prises, des usages et des données?

Sources consultées
  1. AntimatterAntimatter launches the first vertically integrated neocloud for AI inference
  2. PolicloudPolicloud – Distributed, Sovereign Cloud for Cities and Enterprises
  3. Cannes Pays de LérinsUne première en Europe: implantation à Cannes d’un cloud local, fédéré, décentralisé et économe en énergie et en eau pour le stockage des données et l’IA
  4. Data Center DynamicsFrench AI cloud startup Policloud plans 1,000 sovereign micro-data center deployments by 2030
  5. evrocevroc boosts Europe’s competitiveness with first AI factory in France