À Tende et Fontan, les berges de la Roya ont reçu d’avril à mai 2026 un mélange projeté d’eau, de semences, de fibres de bois, d’amendement organique et d’engrais. C’est ce qu’on appelle l’hydromulching: une manière d’aider la végétation à reprendre sur des sols mis à nu.
Le chantier porte sur 5 890 m². Deux passages ont été effectués, avec 45 m³ de mélange au total, pour un montant d’environ 83 000 € HT. Ce n’est pas le chantier qui change à lui seul la sécurité de la vallée. Mais il dit bien où en est la reconstruction: après les reprises de berges, les protections, les routes, les ponts et les ouvrages lourds, il reste à stabiliser des sols remaniés.
Dans une vallée torrentielle, un bord de rivière réparé ne tient pas seulement par la pierre ou le béton. Depuis la tempête Alex, le SMIAGE indique avoir réalisé 48 millions d’euros de travaux de sécurisation à Tende et Fontan, dont 18 millions engagés pour la seule année 2025. La chambre régionale des comptes rappelait aussi que la Roya, plus encaissée que la Vésubie, offre peu d’espaces d’élargissement pour réguler les matériaux transportés par les crues. Après Alex, 60 km de routes y avaient été emportés et huit ponts détruits.
Dans ce paysage, l’hydromulching n’est pas une opération de décoration verte. C’est une couche de réparation après le génie civil. Un sol laissé nu sur une berge peut se raviner, perdre ses fines, se couvrir lentement ou laisser la place à des espèces invasives. La végétation ne remplace pas un ouvrage de protection, mais elle aide la berge à retrouver une stabilité ordinaire, celle qui compte entre deux épisodes violents.
Les dossiers de reconstruction à Tende montrent bien cette combinaison de contraintes. Les protections ont été dimensionnées sur une crue de référence de 260 m³/s, sans création de digue nouvelle, avec des réponses adaptées selon l’hydraulique, l’espace disponible, le paysage, le patrimoine local et le coût. Une berge de la Roya n’est donc pas seulement une ligne sur une carte: c’est un compromis entre sécurité, lit de rivière, matériaux, habitations proches et milieu aquatique.
Ce suivi prolonge aussi ce que montrait notre panorama des chantiers de protection liés à l’eau dans les Alpes-Maritimes: l’après-Alex n’est pas terminé, il se déplace. Moins visible, plus technique, parfois presque invisible. Le SMIAGE prévoit d’ailleurs cinq autres opérations d’hydromulching en mai 2026 dans la Vésubie, pour environ 150 000 € HT.
Ce chantier ne transforme pas la Roya à lui seul. Il n’efface pas la vulnérabilité d’une vallée torrentielle. Mais il rappelle que réparer une rivière ne consiste pas seulement à la contenir. À Tende et Fontan, cela passe aussi par cette couche de graines et de fibres projetée sur les berges, pour que le bord du chantier redevienne un bord de rivière.
Sources consultées
- SMIAGE MaralpinRoya : L’hydromulching pour revégétaliser les berges
- SMIAGE Maralpin / DREAL PACAReconstruction des berges de la Roya dans la traversée de Tende, note de présentation non technique
- Cour des comptes / Chambre régionale des comptes Provence-Alpes-Côte d’AzurSyndicat mixte pour les inondations, l’aménagement et la gestion des eaux maralpin, cahier 2 : les opérations post-tempête Alex