Sur le Cours Saleya, un bouquet se choisit encore à hauteur d’étal : des seaux, des feuillages, quelques tiges prises une à une, puis le papier autour des fleurs. Pour la Fête des mères, ce geste très simple a dans les Alpes-Maritimes une résonance particulière. Ici, offrir des fleurs ne renvoie pas seulement à une date du calendrier. Cela traverse un marché niçois, une saison grassoise et une filière qui a donné au territoire une partie de son identité.
En France, la Fête des mères est fixée au dernier dimanche de mai, sauf lorsqu’elle tombe le jour de la Pentecôte. En 2026, elle arrive ce 31 mai, au bon moment pour la rose de mai. À Grasse, la Centifolia se récolte justement en mai et début juin. Cette rose, fragile et très parfumée, reste l’une des fleurs emblématiques de la parfumerie grassoise. Elle dit mieux que n’importe quel slogan pourquoi le bouquet du jour peut avoir ici plus d’épaisseur qu’un achat de dernière minute.
Nice apporte l’autre moitié de l’image. Le marché aux fleurs du Cours Saleya n’est pas seulement un décor pour visiteurs. Il reste un lieu d’usage, au cœur du Vieux-Nice, où les fleurs circulent entre habitants, fleuristes, passants et touristes. La fleur y est visible, manipulée, choisie. Elle n’est pas seulement l’ingrédient lointain d’un parfum ou d’un flacon : elle est là, dans la main.
Ce lien local ne doit pas être enjolivé. Toutes les fleurs achetées ce dimanche n’ont pas poussé à quelques kilomètres de la Promenade des Anglais. Mais la région garde un poids réel dans cette histoire. D’après les données FranceAgriMer exploitées par VALHOR, Provence-Alpes-Côte d’Azur représente 42 % du volume national de fleurs coupées produites en France et 88 % des feuillages coupés. Le bouquet offert aujourd’hui appartient donc aussi à une économie concrète, avec ses cultures, ses ateliers, ses saisons, ses fragilités.
À Grasse, cette culture a même été reconnue au niveau mondial. Depuis 2018, les savoir-faire liés au parfum en Pays de Grasse sont inscrits au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO. L’inscription ne célèbre pas seulement le parfum fini. Elle inclut la culture de la plante à parfum, la connaissance des matières premières naturelles, leur transformation et l’art de composer.
Le bouquet de Fête des mères reste un geste modeste. C’est sa force. Dans les Alpes-Maritimes, il peut tenir ensemble une attention familiale, un marché populaire, une rose de saison et un savoir-faire reconnu bien au-delà du département. Il porte déjà un lieu, une saison et un métier. Pour quelques fleurs du dimanche, c’est plutôt honnête.
Sources consultées
- Office de Tourisme Métropolitain Nice Côte d’AzurMarché aux Fleurs Cours Saleya
- Musées de GrasseRose de mai
- Ministère de la CultureLes savoir-faire liés au parfum en Pays de Grasse reconnus patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO
- VALHORChiffres de la production horticole selon le type de plantes