Article

Dans les Alpes-Maritimes, réindustrialiser commence par garder de la place

Foncier rare, réseau électrique et formation : derrière l’appel des industriels azuréens, la réindustrialisation se joue dans des contraintes très concrètes.

Illustration - Zone industrielle azuréenne sous tension

À Carros-Le Broc, pas besoin d’imaginer une grande reconquête industrielle. Elle est déjà là, serrée dans 188 hectares de zone d’activité, avec près de 12 000 emplois, des ateliers, des quais et des entreprises qui fabriquent, conditionnent ou expédient loin de la vitrine touristique. Le problème n’est pas de convaincre l’industrie d’exister. C’est de lui laisser assez de place pour bouger.

C’est ce que rend concret l’appel rapporté le 22 mai par Le Journal des Entreprises. Des acteurs économiques azuréens demandent aux élus de passer des paroles aux actes sur la réindustrialisation et la souveraineté industrielle. Vu de loin, le vocabulaire peut vite devenir brumeux. Dans les Alpes-Maritimes, il prend une forme plus simple : du foncier, de l’électricité, des salariés formés.

Le département n’est pas une terre industrielle au sens classique. L’Insee y recense environ 31 000 emplois salariés industriels fin 2024, soit un peu plus de 7 % de l’emploi salarié. L’industrie compte, sans dominer une économie portée par les services, le tourisme, le commerce, la santé et l’afflux saisonnier.

Toute la tension est là. Les Alpes-Maritimes ont besoin d’une industrie réelle, mais celle-ci doit tenir dans un territoire cher, dense, littoral et déjà disputé par le logement, les bureaux, les commerces et les activités touristiques. À Carros-Le Broc, le Cerema a relevé une disponibilité foncière presque épuisée. Autrement dit, réindustrialiser ne veut pas toujours dire ouvrir une nouvelle zone. Cela peut vouloir dire protéger les zones productives existantes, les densifier avec soin et éviter qu’elles soient lentement grignotées par des usages plus rentables à court terme.

Le même raisonnement vaut à l’ouest du département. Le territoire d’industrie Grasse, Cannes, Sophia Antipolis rassemble près de 14 900 emplois salariés manufacturiers. On y retrouve des activités bien ancrées, de la parfumerie aux technologies spatiales. Là encore, le sujet n’est pas un slogan sur la souveraineté : c’est la capacité à agrandir un atelier, trouver un technicien, sécuriser une chaîne d’approvisionnement ou raccorder un site quand la production change d’échelle.

L’électricité pèse aussi dans l’équation. La CCI Nice Côte d’Azur décrit les Alpes-Maritimes comme une “péninsule électrique”, avec une production locale couvrant seulement une petite part de la consommation départementale. Pour une entreprise qui veut électrifier un procédé ou fiabiliser une ligne, la question industrielle passe donc aussi par les réseaux, pas seulement par les discours.

Reste la formation. Le Campus Sud des Métiers, à Nice Méridia, affiche 2 750 apprenants et plus de 100 parcours. C’est un point d’appui, mais aussi un rappel : les métiers industriels doivent recruter dans un bassin où le logement et les mobilités compliquent déjà la vie quotidienne. Former ne suffit pas si les salariés ne peuvent pas habiter ou se déplacer correctement.

L’appel aux actes mérite donc d’être lu localement. Les industriels azuréens ne demandent pas seulement une grande bannière nationale. Ils posent une question plus matérielle : où produire, avec quelle énergie et avec quels salariés ?

C’est aussi ce que montrait déjà l’extension d’Orsteel à L’Escarène. L’industrie azuréenne avance rarement en façade. Elle avance dans les zones d’activité, les vallées, les ateliers, les contraintes de raccordement et les recrutements difficiles. Pour la faire grandir, il faudra moins de formules et plus de mètres carrés bien gardés. Ce qui, sur la Côte d’Azur, n’est pas exactement la ressource la plus abondante.